Filière bois: un rapport du Sénat éreinte une politique sans « pilote »

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Des troncs d’arbres destinés au bois de chauffe sont empilés au Pin-la-Garenne (Orne), le 21 décembre 2012
© AFP/Archives Charly Triballeau

Paris (AFP) – La politique forestière française n’a ni « stratégie », ni « pilote » et accorde « trop » de soutiens au bois énergie, selon un rapport du Sénat dévoilé mercredi, qui formule des recommandations pour tirer un meilleur parti économique de l’une des plus grandes forêts d’Europe.

Ce rapport est basé sur une enquête demandée fin 2013 à la Cour des comptes par la commission des Finances du Sénat. La filière bois compte 440.000 emplois, mais représente 10% du déficit total de la balance commerciale.

« La politique forestière est sans stratégie, sans pilote, sans résultats », a déclaré mercredi le sénateur UMP Alain Houpert, l’un des rapporteurs spéciaux, lors d’une présentation à la presse.

Cinq ministères sont concernés par le sujet, mais « chacun met de son côté sa politique en oeuvre » sans concertation, sur fond de « mosaïque décisionnelle » comprenant « une pléthore de structures publiques » ainsi que dix organisations professionnelles, a-t-il résumé.

« Nous souhaitons une clarification et un chef de file », en l’occurrence le ministère de l’Agriculture, a demandé l’autre rapporteur, Yannick Botrel (PS).

Le « contrat de filière », signé en décembre, n’est qu’une « avancée très timide » dans un domaine où « les avancées viennent davantage du terrain », estime M. Houpert.

Le contrat a été signé par les ministères de l’Économie, de l’Écologie, de l’Agriculture et du Logement, avec les industriels, les communes forestières et l’ONF.

Pour les sénateurs, le modèle économique de la filière est celui d’un « pays en développement », avec de « graves déséquilibres » provoqués par l’exportation de bois brut à l’étranger et l’importation de produits transformés à plus forte valeur ajoutée.

Avec 910 millions d’euros par an, les soutiens publics sont « nombreux » mais « peu cohérents », et « trop marqués » en faveur de la filière du bois énergie, qui en capte plus d’un tiers, créant des conflits d’usage dans certaines régions.

En revanche, « les soutiens à l’usage du bois dans la construction sont modestes, alors qu’il s’agit du principal débouché en France pour le bois matériau et ses dérivés », note le rapport.

« Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas installer de chaudières à bois, mais il faut veiller à bien dimensionner les installations par rapport au contexte régional », a souligné M. Botrel.

Dans certaines zones, les industriels peinent à récupérer du bois pour faire du charbon ou pour la papeterie.

Les sénateurs recommandent notamment d’accroître la production de bois de l’Office national des forêts (ONF), d’augmenter la proportion d’arbres résineux (plus demandés par l’industrie), et d’instaurer un dispositif pour limiter les exportations de bois brut.

La forêt française (outre-mer exclus) est la quatrième forêt de l’Union européenne en surface, avec 17 millions d’hectares, mais la troisième si l’on tient compte du volume de bois. Elle produit 85 millions de mètres cubes de bois par an, mais seule la moitié est effectivement récoltée.

 

© AFP

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