Jean-Louis Etienne en pôle position avec GoodPlanet

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Banniere GoodPlanet - avril - ChasingIce

Aventurier, médecin et infatigable défenseur de la planète, Jean-Louis Etienne est venu rencontrer le public de la Fondation Goodplanet lors de la projection d’un film d’exception sur la fonte des glaces, au cinéma Mk2 Quai de Seine. 

À 68 ans, pas grand chose ne l’arrête. Pas même les eaux froides de l’Antarctique ni les cinquantièmes hurlants qui se déchaînent dans l’océan Austral. Après avoir atteint le pôle Nord en solitaire, co-dirigé les expéditions internationales «Transantartica», «Mission Banquise» et traversé l’océan Arctique en ballon rozière, l’adrénaline bouillonne toujours dans les veines de Jean-Louis Etienne. Et c’est avec des yeux brillants et une certaine impatience qu’il évoque son dernier projet à l’issue de la projection du film Chasing Ice de Jeff Orlowski. La salle, pleine, reste pendue à ses lèvres. Pas un seul bruit en dehors des applaudissements qui s’élèvent lorsqu-il monte sur la scène. Même les enfants restent sages, c’est dire si le personnage force l’admiration.

«Magnifique». Ce sont les premiers mots qu’il emploie pour qualifier le long métrage qui a été projeté et qui retrace comment James Balog, photographe américain, filme jour après jour, pendant des années, les glaciers arctiques pour pouvoir montrer ensuite, en accéléré, combien ils reculent. Il propose ainsi les images les plus époustouflantes qui existent du changement climatique. Et il va s’en servir comme d’arguments pour tenter de convaincre les sceptiques américains, qui sont si nombreux. Le film raconte l’histoire d’un grand artiste qui comprend l’importance de ses images pour la société, et qui risque sa vie pour les obtenir.

À chaud, la réaction de Jean-Louis Etienne trahit lâme de l’explorateur. «Au delà de la dimension esthétique du film, je me croyais presque faire partie du périple : on est avec James, on transpire avec lui, et même quand il se blesse le genou, c’est nous qui avons mal !». Aucun doute : l’océan austral, il s’y voit déjà. À bord d’un projet non moins ambitieux que ceux qu’il a menés précédemment: le Polar Pod, un bateau vertical d’une hauteur de 102 mètres, capable de dériver autour de l’Antarctique en résistant aux fameux «cinquantièmes hurlants». Un projet «fou» tout droit sorti de l’imagination débordante de l’explorateur, inspiré du FLIP américain des années 1960. Et qui devrait l’emmener bientôt pour une prochaine expédition en Antarctique, prévue pour 2016.

Aussi surprenante soit-elle, l’idée de cette mission est venue d’une demande de longue date de la communauté scientifique face à l’urgence environnementale. «Cet océan en mouvement permanent, qu’on appelle le Courant Circumpolaire Antarctique, est un acteur majeur du climat encore mal connu malgré les observations satellites, du fait de son isolement hors des zones de navigation traditionnelles. Un vrai puits de carbone que l’on a toujours voulu étudier in situ, sans qu’aucun équipement ne s’y prête» explique Jean-Louis Etienne. Quel type de navire pourrait donc permettre d’acquérir les données nécessaires tout en résistant à des conditions météorologiques pour le moins inhospitalières ? «Plus que le mal de mer, c’est l’équation économique qui posait problème » s’amuse-t-il. Au total, il aura fallu quatre ans de travail et de réflexion avant que le vaisseau ne prenne vie : la phase d’essai organisée à Nantes s’étant avérée concluante, tout semble fin prêt afin que le Polar Pod affronte l’Antarctique d’ici 2018.

Jean-Louis Etienne, qui est aussi médecin, sait expliquer l’importance de ces recherches en trouvant les métaphores qui touchent le public : « La Terre a pris un degré de plus en un siècle. Un seul ! Imperceptible, cette petite fièvre est pourtant le signe d’une maladie chronique, que l’on ne commence à traiter que lorsque les complications apparaissent. Aujourd’hui, nous sommes rentrés dans cette phase. »

«En regardant le ciel, je me suis souvent demandé comment une créature aussi minuscule que l’Homme pouvait parvenir à changer le cours du climat. Et pourtant, la réalité parle d’elle-même.» Bien que personne ne soit à l’abri de cette crainte, le parcours de Jean-Louis Etienne démontre à lui seul que rien n’est impossible, y compris, peut-être, d’inverser la donne climatique. Plus qu’une leçon d’optimisme, un dose revivivifante d’énergie pour tous ceux qui auraient pu baisser les bras.

Pauline Pouzankov

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