Etats-Unis: au bout des Keys de Floride, les rascasses prolifèrent

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Des rascasses pêchées, le 8 février 2015 au large Islamorada, dans les Keys aux Etats-Unis
© AFP Kerry Sheridan

Islamorada (Etats-Unis) (AFP) – Sanglé de bouteilles à oxygène, Eric Billips attrape un harpon et donne un signe de la tête à son compagnon de plongée avant de disparaître sous les eaux vertes et transparentes des Keys, en Floride: la chasse aux rascasses, qui foisonnent, est lancée.

Plongeur de longue date, M. Billips, 42 ans, a attrapé sa première rascasse il y a six ans. Il en a harponné des milliers depuis mais il ne sait pas très bien ce que ça va donner aujourd’hui.

Un pêcheur lui a dit avoir piégé des rascasses au hameçon –une manière inhabituelle et difficile d’attraper ces poissons– sur une zone située à sept kilomètres des côtes.

Les plongeurs descendent environ s poutrelles métalliques, qui servent maintenant d’abri aux poissons.

Mérous et vivaneaux nagent autour, près de bancs de fretins que s’apprêtent à avaler les rascasses, des prédateurs envahissants et venimeux qui se multiplient dans l’ouest de l’Atlantique et les Antilles.

Eric Billips s’agenouille sur le sable et commence à tirer. Son arme est équipée d’un trident qui empale chaque rascasse, qu’il jette ensuite par dessus son épaule dans un container.

Douze minutes plus tard, M. Billips et son camarade refont surface, grimaçant et à bout de souffle. Ils glissent leurs caisses sur le bateau, chacune remplie de plus d’une dizaine de rascasses.

« C’est fou. Ces rascasses n’ont peur de rien », affirme-t-il, propriétaire du centre de plongée d’Islamorada, sur les Keys.

Deux autres plongeurs descendent au fond de l’océan et émergent bientôt avec leurs proies. Une glacière se remplit de ces poissons rouges, oranges et bruns à rayures, dont certains mesurent plus de 40 cm.

Les rascasses ont été repérées pour la première fois au large de Dania Beach, en Floride, en 1985. Natives de la mer Rouge et du Pacifique, elles auraient été introduites dans l’ouest de l’Atlantique par des gens qui auraient renversé leur aquarium dans l’océan.

Deux espèces de rascasses –le pterois volitans, la plus commune, et le pterois miles– sont devenus les premières à s’établir en nombre dans les eaux américaines.

Leur nombre a considérablement augmenté ces dix dernières années, jusqu’à couvrir une zone de plus de 4 millions de kilomètres carrés dans l’ouest de l’Atlantique, les Caraïbes et le Golfe du Mexique.

Munies de 18 épines venimeuses qui peuvent faire très mal, sans ennemis sauf les humains, elles font fuir tous les prédateurs. Même les requins n’osent pas les manger.

Et pendant ce temps là, les rascasses mangent presque tout ce qui est plus petit qu’elles, y compris des dorades, des vivaneaux, des mérous ainsi que des poissons consommateurs d’algues, ce qui leur permet de rester en bonne santé.

« C’est plutôt alarmant qu’une petite population de rascasses puisse littéralement avaler des millions de proies en une seule année, c’est pourquoi nous sommes concentrés sur leur contrôle », explique James Morris, chercheur à l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA).

Le premier derby de rascasses a été organisé en 2009 dans les Bahamas, raconte Lad Akins, de la Reef Environmental Education Foundation (REEF), un groupe militant pour la conservation des fonds sous-marins.

D’après une étude conduite par Stephanie Green, écologiste à l’université de l’Etat de l’Oregon (nord-ouest), tuer entre 75 et 95% des rascasses dans les Bahamas a suffi pour aider les autres familles de poissons à grandir.

Ces deux dernières années, Mme Green s’est rendue dans le sud de la Floride pour suivre les derbys et compter les rascasses avant et après les expéditions de chasse, mais aussi comparer leurs populations avec celle des zones sans chasses.

« Nous trouvons de bons éléments qui montrent que les (actions) volontaires peuvent êtres vraiment efficaces », a-t-elle affirmé. « En organisant des derbys chaque année, où même plus fréquemment, nous espérons maintenir le nombre de rascasses à un niveau très faible ».

© AFP

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