La Norvège fait un grand pas vers la fin de la chasse au phoque

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chasse au phoque

Photo d’un phoque
© AFP/Archives David Boily

Oslo (AFP) – La chasse au phoque pourrait bientôt être de l’histoire ancienne en Norvège, où les autorités viennent de mettre fin aux subventions jusqu’à présent accordées à cette activité hautement controversée.

Dans le cadre de l’examen budgétaire, une majorité de députés a voté tard jeudi soir la suppression, à partir de 2015, de la subvention annuelle de 12 millions de couronnes (1,3 million d’euros) jusqu’alors versée par l’État au secteur.

« Le Parlement n’a pas décidé d’une interdiction de la chasse au phoque », a déclaré à l’AFP le président de la Commission parlementaire pour le Commerce et la Pêche, Geir Pollestad, lui-même opposé à la suppression des aides publiques. « Mais nous craignons en réalité que la chasse disparaisse avec les subventions ».

« Le secteur est dans une situation difficile depuis que le commerce de produits dérivés du phoque avec l’UE s’est arrêté », a-t-il expliqué, rappelant qu’à raison de 12 millions de couronnes pour 12.000 phoques chassés, l’aide étatique représentait 1.000 couronnes (près de 110 euros) par animal.

La suppression des subventions, qui représentent jusqu’à 80% des revenus des professionnels de la chasse, s’ajoute en effet à un embargo décrété par l’Union européenne.

Depuis 2010, l’UE interdit les produits provenant de la chasse commerciale au phoque en Norvège (non membre de l’Union) et au Canada, justifiant cette mesure par les « préoccupations morales du public » face à des méthodes de chasse « cruelles ».

Les phoques sont généralement chassés à l’aide de fusils et d’hakapiks, des bâtons munis d’un embout métallique servant à les assommer avant de les saigner.

Les images de bébés phoques à la fourrure blanche massacrés sur la banquise ont largement contribué au rejet de la chasse par l’opinion publique, même si la Norvège interdit le prélèvement des animaux de cet âge.

La Norvège et le Canada, plus gros chasseur de phoques au monde, ont longtemps bataillé contre l’embargo de l’UE, qui fait une exception pour la chasse par les peuples indigènes. En vain: l’Organisation mondiale du commerce (OMC) leur a pour la deuxième fois donné tort en mai.

La décision d’Oslo a été saluée par les organisations de défense des animaux.

« C’est très positif parce qu’il n’y a aucune raison que les contribuables norvégiens financent des personnes qui vont tuer des animaux, d’une manière sujette à la critique, juste pour leur peau et pour faire un produit dont personne ne veut », a réagi la président de l’association norvégienne Noah, Siri Martinsen.

« Aujourd’hui, personne ne sort avec une peau de phoque sur le dos », a-t-elle fait valoir.

La chasse au phoque est un tout petit secteur économique en Norvège, mais ses promoteurs affirment que les prélèvements sont nécessaires pour préserver les ressources halieutiques car, disent-ils, le phoque est gourmand en poissons et de ce fait un rival des pêcheurs.

Un « mythe », selon Mme Martinsen. « Il n’y a aucun lien direct qui voudrait que moins il y a de phoques, moins les humains ont de poissons. L’écosystème de l’océan est si compliqué qu’on ne peut pas dire que deux moins un égale un », a-t-elle expliqué à l’AFP.

M. Pollestad, qui siège dans l’opposition, soupçonne le gouvernement norvégien de centre-droit, à l’origine de la proposition de cesser les subventions, d’avoir cédé à Bruxelles et de chercher à « être populaire au sein des instances européennes ». « C’est suspect quand, d’une année sur l’autre, on supprime toutes les subventions au secteur », a-t-il estimé.

« Je pense pouvoir dire, avec la main sur le coeur, que je n’ai pas entendu d’arguments (pendant la réflexion sur la suppression des aides) renvoyant à des menaces de Bruxelles », a répliqué Line Henriette Hjemdal, une responsable du parti démocrate-chrétien qui a voté la mesure. « C’est purement et simplement une question d’économie ».

© AFP

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