Biodiversité: le « Monde perdu » du Lengguru promet des dizaines de nouvelles espèces

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Une photo du poisson arc-en-ciel « melanotaenia goldiei »- découvert lors de l’expédition Lengguru -, prise le 31 mai 2011 et transmise à l’AFP par l’Institut français de recherche pour le développement (IRD)
© ird/AFP Laurent Pouyaud

aris (AFP) – Des oiseaux, des grillons, des amphibiens, des orchidées, des gorgones… tout juste de retour, l’expédition Lengguru, la plus importante expédition scientifique jamais menée en Indonésie, pense avoir découvert des dizaines de nouvelles espèces, inconnues jusqu’alors.

Pendant cinq semaines, du 17 octobre au 20 novembre, 24 chercheurs européens et 42 scientifiques indonésiens ont exploré « l’exceptionnelle biodiversité » du Lengguru, un massif accidenté vaste comme deux fois la Corse, situé dans la partie indonésienne de l’île de Nouvelle-Guinée.

Composée de formations calcaires appelées « karsts », la chaîne de Lengguru se caractérise par des séries de plis montagneux culminant entre 900 et 1.500 mètres, séparés par des vallées profondes, où l’écoulement des eaux se perd dans des failles.

Laurent Pouyaud, de l’Institut français de recherche pour le développement (IRD), décrit avec enthousiasme « un immense labyrinthe », « une succession d’écosystèmes qu’on ne voit nulle part ailleurs ».

Les scientifiques ont eu « accès à des fragments de nouveaux mondes, un peu comme dans l’univers imaginaire du film Avatar », a-t-il expliqué mardi à Paris, en présentant à la presse un premier bilan des explorations.

Vieux de dix millions d’années, surnommé le « Monde perdu », le Lengguru, qui avait fait l’objet d’une première expédition préliminaire en 2010, a tenu ses promesses, réservant aux scientifiques nombre de surprises.

Le biologiste cite la présence de poissons dans des zones complètement isolées. « C’est la preuve que ces poissons sont là depuis toujours, avant la formation des montagnes », avance-t-il.

Il y a aussi ces mystérieuses grenouilles, en apparence identiques, mais dont les chercheurs ont acquis la conviction, en les écoutant, qu’elles appartenaient à des espèces distinctes.

Géologues, océanographes, zoologues et botanistes ont exploré trois types d’environnement, terrestre, souterrain (avec le concours de spéléologues) et marin (avec l’appui de plongeurs).

Laurent Pouyaud a dressé le bilan de l’exploration terrestre : plus de 50 espèces d’oiseaux collectées, 47 espèces de reptiles, 35 espèces d’amphibiens, 20 espèces de chauves-souris, mais aussi « beaucoup de petites bêtes », comme les grillons (entre 100 et 150 espèces).

Dans cette profusion, ils s’attendent à pouvoir confirmer l’existence de plusieurs dizaines de nouvelles espèces, même si les découvertes doivent encore être validées par les analyses en laboratoire.

Côté flore, entre 100 et 300 espèces d’orchidées ont été récoltées « dont une partie importante de nouvelles espèces ». Mais les botanistes doivent s’armer de patience et attendre la floraison de certaines pour confirmer leur nouveauté.

Le bilan de la partie sous-marine de l’exploration laisse aussi présager « un nombre important de nouvelles espèces », a indiqué Régis Hocdé (IRD). Les plongeurs ont rencontré « une multitude de gorgones » et « une très grande diversité » de concombres de mer, de mollusques et de plantes à fleurs marines.

Les prélèvements sont stockés sur l’île de Java, à l’Institut indonésien des sciences (LIPI), partenaire de l’expédition avec l’IRD et l’Académie des pêches de Sorong.

« Tout ce qui peut être analysé là-bas le sera », a précisé Laurent Pouyaud.

« Ce qui nous intéresse, ce n’est pas seulement la description de nouvelles espèces », a-t-il souligné. Les scientifiques veulent comprendre pourquoi cette « région exceptionnelle » recèle autant d’espèces, « comment s’est mise en place cette biodiversité et comment elle se maintient ».

Ils souhaitent aussi « avoir des approches prédictives », voir comment ce monde étonnant va évoluer, par rapport au réchauffement climatique ou aux activités humaines.

Les moments les plus spectaculaires de l’expédition ont été immortalisés et ce « film d’aventure » sera diffusé en 2015 sur Arte.

© AFP

 

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