Amérique centrale: la nouvelle vie du café comme source d’énergie

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Un agriculteur nettoie des grains de café dans une ferme à San Ramon au Nicaragua le 19 novembre 2014
© AFP Inti Ocon

Matagalpa (Nicaragua) (AFP) – Rendre la production de café moins gourmande en eau et moins polluante, tout en produisant du biogaz: telle est la recette appliquée dans 19 exploitations d’Amérique centrale par l’ONG néerlandaise UTZ Certified, qui veut étendre le programme à d’autres régions.

« Regarde, la flamme est très grande ! », s’enthousiasme Sarahi Pastran, âgée d’une vingtaine d’années, en allumant le feu sous sa casserole pour cuire des bananes.

De sa cuisine rudimentaire, au sein de la coopérative de café La Hermandad, à San Ramon de Matagalpa (Nicaragua), un tuyau traverse la végétation luxuriante jusqu’à un générateur de biogaz, quelques dizaines de mètres plus loin.

L’originalité de l’installation ? Ce sont les eaux souillées par la production du café qui alimentent ce générateur, dans le cadre d’un projet pilote mis en place en 2010 par UTZ au Nicaragua, au Honduras et au Guatemala.

Le principe: améliorer le lavage des cerises de café, crucial pour l’arabica, afin de réduire la consommation d’eau puis extraire de cette eau, très polluante, le méthane issu de la fermentation du café pour fabriquer du biogaz, ce qui permet de rejeter une eau débarrassée de la majorité de ses impuretés.

Jusque-là, l’eau utilisée, surnommée « eau miel » par les habitants pour son goût sucré, était souvent versée directement dans les rivières.

« Cela causait beaucoup de pollution » et « une odeur forte », se rappelle Francisco Blandon, 39 ans, père de quatre enfants et à la tête d’une petite exploitation familiale baptisée « Le Tigre », à 80 kilomètres au nord de San Ramon.

« Beaucoup de familles vivent près de la rivière, elles s’y baignent, lavent leur linge : cela leur donnait des démangeaisons de peau et des parasites intestinaux quand ils la buvaient », raconte-t-il, alors que ses deux plus jeunes fils courent pieds nus sur le sol en terre de sa maison.

Au niveau national, la production d’1,3 million de sacs de café chaque année équivaudrait, par la pollution engendrée, à l’impact de 20.000 voitures.

Francisco raconte qu’en 2010, une équipe de l’ONG néerlandaise est venue lui expliquer le projet. « Au début, je ne pensais pas que ça marcherait, mais ils ont tellement insisté… », dit-il. « Moins d’un mois plus tard, ça commençait à fonctionner. »

Aujourd’hui, dans sa commune de San Sebastian de Yali, située à 1.000 mètres d’altitude mais au climat tropical, on le regarde avec envie.

« Les voisines qui viennent me rendre visite me disent +Toi, tu as décroché le gros lot !+ », raconte en riant sa femme, Fatima Valenzuela Altamiro, 35 ans.

Auparavant, elle devait cuisiner au feu de bois, dont la fumée « est cruelle pour les cuisinières », menaçant leur santé. Son mari coupait en moyenne cinq arbres par saison.

Elle se rappelle encore le premier jour où le biogaz est sorti du tuyau : « C’était émouvant » et « quelle surprise, quand la flamme est apparue ! J’ai pensé : +Que va-t-on cuisiner ?+ Alors on a mis un œuf à cuire. »

L’installation du mécanisme, qui coûte plusieurs milliers de dollars, a été financée à 75% par le gouvernement néerlandais et à 25% par les coopératives locales.

C’est UTZ, plus importante ONG de certification dans le domaine du café, dont le label garantit le respect par les producteurs de certaines règles comme l’interdiction du travail des enfants, un usage raisonnable des pesticides et des salaires conformes à la législation locale, qui l’a mis en place.

« Le bilan est très bon », se félicite Vera Espindola Rafael, coordinatrice d’UTZ en Amérique latine, car « nous avons atteint chacun des objectifs visés: la production de biogaz, la réduction de la pollution et une moindre utilisation d’eau ».

« Avant nous consommions 1.500 litres par quintal de café (soit 46 kilos de grains de café, ndlr), aujourd’hui 240 à 250 », témoigne Marvin Mairena, responsable technique de l’exploitation La Hermandad.

Sur le terrain, l’ONG a dû s’adapter aux différentes tailles d’exploitations, installant un mécanisme différent selon qu’il s’agisse d’une grande, d’une moyenne ou d’une petite.

Certaines produisent du biogaz seulement quand elles ont du café, pendant la récolte. D’autres le font toute l’année en remplaçant le café par des excréments d’animaux.

Cette année UTZ commence à étendre l’expérience à la Colombie, au Pérou et au Brésil, et cherche d’autres partenaires financiers pour faire de même au Kenya et au Vietnam.

© AFP

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