Le Royaume-Uni croit toujours au nucléaire malgré les soucis des champions français

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Le bassin de confinement des déchets nucléaires de la centrale de Sellafield, au Royaume-Uni, lz 26 septembre 2002
© AFP/Archives Odd Andersen

Londres (AFP) – Le Royaume-Uni parie plus que jamais sur le nucléaire pour répondre à ses besoins énergétiques et croise les doigts pour que les déboires des champions français du secteur ne mettent pas en danger ses projets.

Les travaillistes avaient donné dès 2008 le feu vert au renouvellement progressif du parc des centrales. L’objectif a été confirmé par le gouvernement actuel du Premier ministre conservateur David Cameron malgré la catastrophe de Fukushima, au Japon en mars 2011.

A l’inverse d’autres pays européens comme l’Allemagne, le Royaume-Uni compte donc toujours sur l’atome pour répondre à une partie de ses besoins et réduire ses émissions de dioxyde de carbone en partie responsables du réchauffement climatique.

« Le public et tous les grands partis politiques soutiennent dans l’ensemble le nucléaire et nous avons des industriels prêts a relever le défi », a salué Hergen Haye, directeur des nouveaux projets nucléaires au ministère de l’Énergie jeudi lors d’une conférence à Londres.

Plusieurs groupes énergétiques – tous étrangers – veulent construire dans le pays au moins dix réacteurs répartis dans cinq centrales.

Le projet le plus avancé est celui du géant français EDF, qui prévoit la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point dans le sud-ouest de l’Angleterre pour une mise en service en 2023.

Le gouvernement a obtenu l’approbation de la Commission européenne et EDF espère que la décision finale d’investir pourra être prise au premier trimestre de 2015.

Mais les graves déboires financiers du concepteur du réacteur EPR, Areva, ainsi que les retards et surcoûts du chantier EPR de Flamanville dans le nord-ouest de la France ont aussi soulevé des craintes sur l’avenir du projet britannique.

Areva avait renoncé en novembre à l’un de ses principaux objectifs pour 2014 et suspendu l’ensemble de ses perspectives financières pour les deux années suivantes. EDF a pour sa part encore reporté le démarrage de Flamanville, qui devait à l’origine démarrer en 2012 et n’est plus attendu désormais avant 2017.

« Sur les quatre EPR commandés dans le monde, les deux prévus en Chine sont en retard tandis que les EPR français et finlandais sont pour leur part extrêmement en retard et bien au-delà du budget », observe Steve Thomas, professeur de politique énergétique à l’université de Greenwich.

« Donc il y a gros à parier que les réacteurs britanniques ne seront pas construits au prix prévu et à l’heure », ajoute l’expert.

Vincent de Rivaz, directeur général d’EDF Energy, la filiale britannique du géant français de l’électricité, assure cependant le contraire.

« Le coût de Hinkley Point C n’a pas augmenté d’un penny à cause du retard annoncé à Flamanville », dont les raisons « ne sont pas propres au design de l’EPR ou à son opérabilité », a-t-il déclaré.

« Personne ne doit douter du fait qu’une solution sera trouvée » aux problèmes financiers d’Areva, a-t-il ajouté, soulignant l’engagement du gouvernement français en faveur du groupe public.

Reste encore à boucler le tour de table, alors qu’EDF doit détenir 45 à 50% de Hinkley Point C, contre 30 à 40% pour ses alliés chinois CGN et CNNC et 10% pour Areva.

Les discussions seraient compliquées en raison des exigences chinoises mais Vincent de Rivaz assure qu’elles progressent normalement.

A plus long terme, EDF n’est pas le seul sur les rangs pour profiter d’un climat britannique favorable à l’atome.

Le gouvernement britannique a ainsi signé cette semaine un accord de coopération avec le français GDF Suez et le japonais Toshiba pour aider au financement de leur projet de construction de la plus grande centrale nucléaire du pays.

© AFP

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