La mouche de l’olive compromet la production oléicole en Provence

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Des olives infestées par la mouche Bactrocera oleae aux Baux-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, le 27 novembre 2014
© AFP Bertrand Langlois

Marseille (AFP) – Situation de crise, année catastrophique: les oléiculteurs provençaux attendent une chute vertigineuse de la récolte d’olives, et donc de la production d’huile, « l’or vert ». En cause, la mouche de l’olive, qui s’est abattue sur le bassin méditerranéen.

Pour 2014, les prévisions faites au printemps atteignaient 5.000 tonnes. Mais l’hiver doux et l’été pluvieux ont favorisé l’éclosion de la Bactrocera oleae, la mouche de l’olive qui a fait des ravages dans les oliveraies. Les olives infestées tombent au sol, laissant les arbres dépouillés.

« Nous ne sommes même pas sûrs d’arriver à 1.500 tonnes (…) Peut-on imaginer, au XXIe siècle perdre 80 à 90% d’une récolte nationale à cause d’une mouche bien connue depuis 50 ans? », s’est inquiété, dans une lettre aux oléiculteurs, le président de l’Afidol (Association française interprofessionnelle de l’olive), Olivier Nasles.

« Nous avons à faire à une situation de crise que nous n’avons plus connue depuis 1956 », selon lui. 1956 reste une année noire pour les oléiculteurs. Le gel hivernal avait détruit la majeure partie des oliveraies provençales.

Pour sauver la récolte 2014, les olives encore indemnes ou à peine piquées par la mouche ont été ramassées très tôt dans la saison – début octobre au lieu de novembre. Mais, n’étant pas alors à maturité, leur rendement est moindre. Même dans les oliveraies les moins touchées, la production d’huile est inférieure aux années précédentes.

M. Nasles met en cause la réglementation actuelle qui n’autorise que « deux traitements insecticides » alors qu’il en faudrait selon lui « six à huit sur la période » suivant l’attaque de la mouche.

Plutôt que d’abuser de traitements curatifs, certains oléiculteurs préfèrent se tourner vers un traitement préventif, à l’argile blanche, efficace mais nécessitant un plus grand nombre de passages.

« Cela devient coûteux », explique Arnaud Truphème, oléiculteur dans le Var qui a dû traiter ses arbres huit fois au lieu de cinq habituellement. Mais grâce à cette méthode, il n’a perdu que 30% de sa récolte contre 50% à 80% ailleurs.

D’autres ont été moins chanceux. « C’est la catastrophe », se lamente une responsable d’un moulin coopératif à Mouriès (Bouches-du-Rhône): « Même ceux qui ont été traités ont été touchés ».

Aux Baux-de Provence, où l’huile d’olive d’appellation d’origine protégée (AOP) est particulièrement réputée, Jean-Benoît Hugues, propriétaire du moulin Castelas fait le même constat: « Récolte catastrophique », passée de 150 tonnes d’olives en 2013 à 35 cette année malgré neuf traitements à l’argile blanche.

Par ricochet, la crise affecte l’activité des 250 moulins de la filière, privés ou coopératifs, regroupant 30.000 oléiculteurs professionnels ou amateurs de la filière concentrés dans le sud de la France.

Tous espèrent que cette situation restera exceptionnelle et que la récolte sera « normale » l’année prochaine. Dans l’immédiat, ils envisagent une perte de gain conséquente car « on ne peut pas beaucoup jouer sur les prix qui sont traditionnellement élevés », selon le porte-parole de l’Afidol, Olivier Roux.
Pour M. Hugues toutefois, « la mouche a ébranlé la profession ». Il craint que les petits moulins ne disparaissent: « On a un accident, cet accident peut nous tuer ».

Pour cette année « on aura des importations » d’huile venue d’autres pays producteurs, Tunisie, Maroc, Italie et Espagne. Faut-il encore que le consommateur « soit assuré de son origine », souhaite-t-il.

« A partir du moment où l’étiquetage est conforme, il n’y a pas de problème », juge M. Roux. « Mais cela pose un problème pour l’image de la profession », estiment Katia et Frédéric Ratto. Oléiculteurs à Cucuron (Vaucluse), ils ont à peu près sauvé leur propre récolte, traitée à l’argile. Mais leur moulin fermera cette année avec un bon mois d’avance faute de clients. « On va manquer de trésorerie », prévoient-ils avec inquiétude.

© AFP

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