Le réchauffement est inéluctable? Les Alpes veulent faire avec

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station des alpes

Des skieurs sur le domaine de Val Thorens le 22 novembre 2014
© AFP/Archives Philippe Desmazes

Innsbruck (Autriche) (AFP) – La randonnée plutôt que le ski ? Les régions alpines, plus affectées que d’autres par le réchauffement climatique, veulent mieux anticiper la poursuite de la hausse des températures, jugée inéluctable par les scientifiques.

« L’idée d’un environnement immuable est sympathique. Mais elle ne correspond pas à la réalité de la vie, qui est faite d’adaptations permanentes », juge Andrea Fischer, experte en glaciers à l’Institut pour la recherche interdisciplinaire sur la montagne (IGF) d’Innsbruck, au Tyrol autrichien.

Avec un ensoleillement annuel en hausse de 20% depuis 1880 et des températures qui ont crû deux fois plus vite que la moyenne mondiale, le massif des Alpes est aux premières loges pour mesurer les effets du réchauffement climatique, auquel l’ONU consacre une conférence à partir de lundi à Lima.

L’étendue des glaciers autrichiens a ainsi reculé de 15% en moyenne en moins de 20 ans, à l’image du Pasterze, le plus grand d’entre eux, selon l’IGF.

Et les chances fondent de jour en jour de pouvoir limiter à moins de 2°C la hausse globale des températures d’ici à la fin du siècle, selon un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) présenté à Copenhague début novembre.

Prenant acte de cette évolution, instituts de recherche et collectivités se fédèrent pour tenter d’en anticiper les conséquences, notamment au sein de projets comme le C3-Alps, qui regroupe des partenaires issus des huit pays alpins (Allemagne, Autriche, France, Italie, Liechtenstein, Slovénie et Suisse).

« On ressent déjà les effets du changement climatique et il faut désormais prendre les devants. C’est un problème transnational qui nécessite une collaboration transnationale », explique à l’AFP Karine Siegwart, vice-directrice de l’Office fédéral suisse pour l’environnement, membre de C3-Alps.

Certaines stations de sports d’hiver de basse et de moyenne montagne, comme Stockhorn en Suisse, ont déjà fait leur deuil des pentes enneigées et ont démonté leurs remonte-pentes pour miser sur la randonnée, même en hiver. Avec ou sans raquettes.

Mais outre l’impact touristique, le changement climatique peut avoir des conséquences particulièrement graves et prises très au sérieux pour la sécurité des habitants et des infrastructures des Alpes, comme la multiplication des inondations, des glissements de terrain ou des incendies de forêt.

« Imaginez la conséquence d’un glissement de terrain dans une vallée étroite avec une route, une voie de chemin de fer et peut-être des lignes électriques et des habitations… C’est ce que nous essayons d’anticiper », confie Georg Rebernig, directeur de l’Agence autrichienne de l’environnement, également membre du C3-Alps.

Dans ce pays, la province du Tyrol a déjà investi 125 millions d’euros pour protéger des sections de route des avalanches, en prévision de la multiplication du phénomène.

Plus au nord, dans la région danubienne, les autorités autrichiennes ont relogé quelque 250 foyers qui habitaient près du fleuve, en raison de risques accrus d’inondations, pour 90 millions d’euros.

L’agriculture, l’industrie hydroélectrique et l’approvisionnement en eau pour la consommation humaine peuvent également être affectés par des épisodes croissants de sécheresse, en raison notamment de la réduction des réservoirs naturels que constituent les champs de neige, soulignent les experts.

En Allemagne, des agriculteurs sont déjà incités à cultiver des variétés résistantes à la chaleur et peu gourmandes en eau.

« Il faut partir du principe qu’il y aura davantage de situations extrêmes – des inondations, mais aussi des manques d’eau », précise Mme Siegwart, soulignant « qu’il faut sensibiliser les populations sur le terrain, parce que les effets du changement climatique seront ressentis localement ».

Comptant parmi les régions montagneuses les plus prospères au monde, les provinces alpines espèrent que les fruits de leurs travaux pourront servir à plus pauvres qu’elles. Ainsi, « les régions qui n’ont pas nos moyens pourront tirer profit de notre expérience », espère M. Rebernig.

© AFP

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