Outre-mer: les récifs coralliens, un enjeu économique pour les élus

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récifs coralliens

Les récifs coralliens ont une valeur économique réelle
© AFP/Archives William West

Paris (AFP) – Les récifs coralliens jouent un rôle important dans la biodiversité et ont une valeur économique réelle: des élus d’outre-mer commencent à en prendre conscience et se voient primés pour leurs actions de préservation.

Le Conseil général de Mayotte et la commune de Saint-Paul à La Réunion ont reçu mardi soir au ministère des Outre-mer la palme Ifrecor (Initiative Française pour les récifs coralliens), décernée pour la 4e année.

Dans l’île aux parfums, une surveillance d’éventuelle prolifération d’étoiles de mer mangeuses de corail a été mise en place avec les bénévoles d’une association qui « établissent une cartographie des étoiles » dans le récif, raconte la représentante mahoraise, Djaouharia Mohamed. « Entre 2012 et 2014, nous avons eu 10 cas d’infestation. Une lutte chimique a été utilisée comme cela se pratique en Australie ou en Indonésie », ajoute-t-elle.

A La Réunion, des professionnels forment les habitants amateurs de plongée ou les touristes pour surveiller le récif et décompter les espèces présentes. L’ancienne île Bourbon apporte ainsi sa pierre au réseau mondial « Reef Check ».

S’il y a des bons élèves, la sensibilisation des élus locaux « reste un travail de longue haleine, car ils sont dans une nécessité de rattrapage économique qui se fait sur de vieux modèles et souvent au détriment de l’environnement », reconnaît Aurélie Bocquet, du comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature).

Pourtant, les récifs coralliens et leurs écosystèmes associés – les herbiers et les mangroves – permettent d’atténuer les effets du changement climatique. La fréquence et l’intensité croissantes des tempêtes frappent de plein fouet les territoires ultramarins, dont la plupart sont en zone tropicale dans les trois océans de la planète.

Les barrières de corail et les platiers préservent le rivages des fortes houles, voire d’éventuels tsunamis, tandis que les mangroves participent à la stabilisation des littoraux et jouent un rôle de piège à CO2.

Les récifs coralliens, « c’est 0,2% de la surface des mers et 25% de la richesse avec 4.000 espèces de poisson, 800 de coraux et tous les invertébrés que l’on peut imaginer », rappelle François Letourneux, président d’honneur de l’UICN France.

« Ce sont aussi les nurseries des poissons que l’on pêchera ailleurs », souligne-t-il. Pêche, tourisme « bleu », bio-prospection à vocation médicale: l’Ifrecor a mis en place une évaluation de la valeur économique des écosystèmes coralliens. « Cela nous permet d’avoir des arguments pour convaincre les élus, souvent soumis à des visions à court terme », relève Mme Bocquet.

L’étude la plus complète porte sur la Nouvelle-Calédonie et détaille « les activités économiques liées au récif », précise l’Ifrecor. Globalement, « la valeur ajoutée réelle des écosystèmes coralliens pour l’économie est de 100 millions d’euros contre 600 M EUR pour le secteur minier », prédominant sur le Caillou.

Dans la répartition de la valeur financière totale des services liés aux récifs calédoniens, la protection du littoral pèse pour 67%, avec notamment la protection de 11.200 logements, surtout à Nouméa, la pêche (loisir, vivrière ou commerciale) pour 22%, le tourisme pour 9% avec 1.650 emplois directs, la bio-prospection pour 1% de même que la recherche et l’éducation.

« En Guadeloupe, on estime à 122 M EUR l’apport économique direct à l’économie du département », avance M. Letourneux.

Les élus qui se sont investis dans la préservation récoltent des bénéfices: fréquentation touristique, mieux-être des populations locales ou encore simplement changement d’image.

Dans la Réserve naturelle marine de La Réunion, qui héberge nombre des 3.500 espèces de l’île, « le sentier sous-marin de l’Hermitage a accueilli 16.000 personnes depuis sa création en 2003, avec une moyenne d’environ 2.000 plongeurs depuis 2010 », se félicite Fabienne Couapel Sauret, vice-présidente de la Région et lauréate 2013, qui y voit un « véritable atout de développement durable ».

De son côté, le député-maire de la ville industrielle de Baie-Mahault (Guadeloupe) Ary Chalus voit « la population se réapproprier le littoral et la mangrove » depuis que ces espaces ont été débarrassés de tous les encombrants abandonnés, les fonds nettoyés et des herbiers replantés.

© AFP

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