Berlin veut limiter le recours au charbon pour remplir ses objectifs de CO2

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Une usine à charbon à Rommerskirchen dans l’ouest de l’Allemagne le 24 octobre 2014
© AFP/Archives Patrik Stollarz

Berlin (AFP) – Le ministre allemand de l’Economie, Sigmar Gabriel, veut limiter le recours au charbon dans la production d’électricité pour permettre au pays de remplir ses objectifs de réduction d’émissions de CO2, selon un document dont l’AFP a obtenu copie lundi.

Selon ce texte, les émissions des producteurs d’électricité doivent baisser de 4,4 millions de tonnes par an, soit 22 millions de tonnes entre 2016 et 2020.

« Les opérateurs de centrales peuvent décider librement comment ils s’acquittent de cette obligation de réduction: ils peuvent la répartir équitablement entre leurs centrales, ou les concentrer sur certaines », ce qui impliquerait la fermeture de certains sites, poursuit le document.

Les industriels ont accueilli la nouvelle « avec un enthousiasme mesuré », a indiqué Sigmar Gabriel à la presse après avoir reçu les patrons des principaux producteurs allemands d’électricité.

Il a néanmoins confirmé le fait que les opérateurs seraient « entièrement libres » de choisir comment réduire leurs émissions, promettant qu’aucune « mesure supplémentaire » ne leur serait infligée d’ici 2020 sur le sol allemand.

Dans un communiqué, la Fédération des industries énergétiques (BDEW) a fait part de son « soutien » aux objectifs de limitation du réchauffement climatique, mais a appelé le gouvernement à « prendre en considération (…) la sécurité de l’approvisionnement énergétique, l’emploi et la santé globale de l’économie ».

La BDEW n’a en revanche fait aucune allusion aux informations de l’hebdomadaire Der Spiegel, qui prêtait aux opérateurs allemands l’intention de réclamer des dommages et intérêts de plusieurs milliards d’euros s’ils sont contraints de diminuer des capacités de production.

En 2013 les émissions de CO2 liées à la production d’électricité ont atteint 316 millions de tonnes. L’essentiel sont le fait des centrales au charbon très polluantes, qui représentent 46% de la génération allemande d’électricité.

Sans une limitation du recours au charbon, l’Allemagne manquera son objectif de baisse de 40% des émissions entre 1990 et 2020. Mais jusqu’à la semaine dernière, M. Gabriel était profondément en désaccord avec sa collègue à l’Environnement Barbara Hendricks sur la contribution du secteur énergétique aux efforts de réduction. Il estimait que l’Allemagne, qui va progressivement se passer du nucléaire, ne pouvait pas limiter simultanément le recours au charbon.

Le plan national d’action pour le climat, feuille de route des réductions d’émissions de CO2 pour les années à venir, doit passer en conseil des ministres le 3 décembre, et un chiffrage de la contribution du secteur électrique est indispensable d’ici là.

Selon un rapport mandaté par la fédération de l’industrie allemande BDI, et dont le quotidien FAZ a obtenu copie, renoncer à certaines centrales au charbon ferait grimper les prix pour les clients industriels de 15% d’ici 2020, et coûterait 74.000 emplois « directs et indirects ».

Mais la semaine dernière, une étude de l’institut de recherche DIW commanditée par la fondation Heinrich-Böll, proche des Verts, est arrivée à des conclusions toutes autres. Selon les recherches du DIW, les effets sur les prix seraient « modérés » et indolores sur l’emploi puisque l’arrêt du charbon rendrait les centrales à gaz à nouveau compétitives.

© AFP

 

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