20 % des terres irriguées affectées par la salinisation des sols

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salinisation des sols


Bateau échoué, mer d’Aral, région d’Aralsk, Kazakhstan (46°39’ N – 61°11’ E). © Yann Arthus-Bertrand
Lorsque la mer d’Aral, partagée entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, était encore le quatrième plus grand lac endoréique (ou mer intérieure) du globe, sa superficie atteignait 66 500 km2 et 40 000 personnes y vivaient de la pêche. Après la construction, dans les années 1960, de barrages alimentant un vaste réseau d’irrigation destiné à la monoculture du coton de la région, le débit des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, qui alimentent cette mer, a diminué de manière inquiétante; la mer d’Aral a désormais perdu 75 % de sa superficie, et 90% de son volume en eau, et ses côtes ont reculé de 60 à 80 km, abandonnant sur place les carcasses des chalutiers qui pêchaient autrefois dans ses eaux. Conséquence directe de cet assèchement, la salinité n’a cessé d’augmenter au cours des trente dernières années, pour atteindre aujourd’hui 30 g/l, soit trois fois la concentration originelle en sel, entraînant la disparition de plus d’une vingtaine d’espèces de poissons. Les poussières salées, portées par les vents de sables, contribuent à la désertification en brûlant toute végétation sur plusieurs centaines de kilomètres alentour.

La salinisation des sols progresse dans le monde et concerne un cinquième des terres irriguées. Une étude de l’Université des Nations Unies – Institute for Water, Environment and Health publiée le 28 octobre révèle l’ampleur de ce phénomène qui fait perdre chaque jour 2000 hectares de terres cultivées. En l’espace de 2 décennies, la superficie totale des terres irriguées abîmées par le sel est passée de 40 millions d’hectares à plus de 62 millions d’hectares, soit une superficie équivalente la France.

Une salinisation des sols d’origine humaine

La dégradation des sols par le sel résulte généralement d’un mauvais drainage. Le journaliste Fred Pearce explique dans le New Scientist : «  une part de ce sel est déjà présent naturellement dans le sol, mais la plus grande partie est déposée sur les terres agricoles quand les cultivateurs irriguent leurs terres. Le sel se dissout en petites quantités dans les rivières. Et cette eau des rivières se retrouve dans les récoltes, puis elle est drainée ou s’évapore, mais le sel reste. Il s’accumule. Éventuellement, il forme une tâche blanche claire à la surface des champs irrigués qui deviennent alors toxiques et stériles. »

Des pertes de rendements

Désormais, 20 % des terres irriguées produisent moins à cause du sel. Les pertes de productivités varient d’une région à l’autre de 15 % à 70 %. Au niveau économique, ces pertes de productivité et de rendement des sols dégradés ont estimées à 23,7 milliards de dollars par an.

L’exemple le plus connu est celui de la mer d’Aral où la culture intensive du coton a provoqué une véritable catastrophe écologique et dégradé les sols de la région. Ailleurs dans le monde, le bassin du Gange et de l’Indus en Inde, le bassin du fleuve Jaune en Chine, celui e l’Euphrate entre la Syrie et l’Irak ou encore la vallée de San, Joaquim en Californie pour ne citer que quelques exemples, sont confrontés à ce problème.

Enfin, l’étude de l’UNU titré Economics of Salt-induced Land Degradation and Restoration souligne qu’à l’heure actuelle les méthodes pour restaurer les terres dégradées sont quasiment inexistantes et très couteuses. Il vaut donc mieux empêcher cette pollution de se développer en plantant des arbres pour drainer les eaux, en changeant les pratiques agricoles, en sélectionnant des cultures adaptées au milieu ou résistantes au sel si jamais les sols sont déjà contaminés.

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