Sivens : Rompre avec le cercle de la violence

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barrage du tarn

Manifestation en hommage à Rémi Fraisse le 27 octobre 2014 devant la préfecture d’Albi
© AFP Remy Gabalda

Au lendemain de la mort du jeune Rémi Fraisse, 21 ans, opposant au barrage de Sivens, il faut avant tout déplorer cette mort et exprimer nos condoléances aux proches. Pour mesurer la gravité de l’événement, on peut rappeler que la dernière fois qu’un militant écologiste était tué en France, c’était il y a dix ans, en 2004, quand un jeune manifestant s’était fait emporter par un train nucléaire qu’il essayait de bloquer.

Il faut aussi expliquer que Rémi Fraisse manifestait contre la création d’un projet absurde de barrage : une construction destinée à permettre aux agriculteurs d’irriguer toujours plus de champs de maïs, sur des terres qui n’y sont pas adaptées, dans une logique productiviste, et cela au détriment d’un espace naturel précieux et protégé. Espérons donc que ce projet sera arrêté.

Mais sans rien savoir des circonstances exactes de la mort de Rémi, on peut affirmer que l’Etat porte au moins une partie de la responsabilité dans cet événement. Et cela pour deux raisons qui n’ont rien à voir avec les détails tragiques de l’événement, mais qui tiennent au cercle de violence qui a amené à cette situation.

La première est le blocage des discussions avec les écologistes et le déficit de concertation en France, tout particulièrement au niveau local. Alors que les préoccupations écologistes sont partagées, d’une manière ou d’une autre, par une partie considérable de la population, des situations comme Notre-Dame-des-Landes ou le barrage de Sivens se multiplient. D’une certaine manière, la radicalisation d’une partie des écologistes est la conséquence du fait qu’ils ne se sentent pas entendus, surtout dans les décisions locales portant sur la construction d’infrastructures.

Le contrepoint est que l’Etat a, globalement et depuis des années, laissé faire la violence anti-écologiste. Il a laissé les bonnets rouges démanteler et saccager les portiques de l’ « écotaxe ». Depuis des années, il tolère la violence de manifestations d’agriculteurs trop souvent anti-écologistes. Comment ne pas être choqué de cette manière de faire, quand on est sensible à la protection de la nature ? Quelle conclusion retirer de cette (relative) tolérance si ce n’est que, finalement, la violence est le seul moyen d’obtenir ce que l’on veut ?

Il n’y aucune manière de réparer la mort d’une personne. Mais pour éviter que d’autres ne meurent, il faut rappeler la dimension fondamentalement non violente du combat écologiste. Il faut également renforcer la concertation sur les sujets environnementaux, en particulier au niveau local, et il faut rappeler que l’Etat ne devrait pas céder aux exactions des anti-écolos qui justifient en miroir l’usage de la violence.

D’une certaine manière, pour protéger notre jeunesse, il faut renforcer notre démocratie.

Olivier Blond

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