Climat: Paris sera un échec sans engagement « concret » des Etats-Unis

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Connie Hedegaard, commissaire européenne au Climat, le 22 janvier 2014 à Bruxelles
© AFP/Archives Georges Gobet

Bruxelles (AFP) – La conférence de l’ONU sur le climat organisée fin 2015 à Paris sera vouée à l’échec si les Etats-Unis ne s’engagent pas sur un objectif « concret et ambitieux » de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, avertit la commissaire européenne au Climat, Connie Hedegaard, dans un entretien à l’AFP.

« L’Europe a fait son devoir. Elle s’est engagée sur une réduction d’au moins 40% de ses émissions pour 2030 par rapport à leur niveau de 1990. Mais l’Europe ne peut pas résoudre seule le problème posé par le réchauffement du climat. Il faut que les Américains s’engagent sur un objectif ambitieux, tangible, concret. A ce moment, alors les Chinois s’engageront », explique-t-elle.

Il est difficile de quantifier l’effort à mener par les Américains, mais il sera important s’il veut être crédible, souligne Mme Hedegaard. « A Copenhague, en 2009, ils se sont engagés à réduire leurs émissions de 3,6% pour 2020 par rapport à leur niveau de 1990, et ils ne sont même pas en mesure de le tenir », a-t-elle déploré.

L’Europe s’était engagée sur une réduction de 20% pour 2020, et elle tient son cap. « Les émissions de gaz à effet de serre de l’UE ont baissé l’année dernière quand celles des Etats-Unis ont augmenté », note-t-elle.

L’UE contribue pour 11% des émissions de gaz à effet de serre produites dans le monde. Les Etats-Unis pour 16% et la Chine pour 29%.

« Le président Barack Obama a promis que les Etats-Unis soumettront leur offre courant 2015. Nous allons voir comment la plus grande économie du monde prend ses responsabilités », lance la commissaire danoise.

Une des mesures attendues est la concrétisation du projet de réduire de 30% les émissions des centrales thermiques américaines pour 2030.

Connie Hedegaard attend une surprise de la part de la Chine. « Les dirigeants chinois ont annoncé lors du sommet de New York sur le Climat être en train d’étudier le moment où ils vont commencer à réduire leurs émissions et comment le faire le plus tôt possible », rappelle-t-elle. « Ils sont sérieux, car ils veulent être acteurs de la prise de décision. Le faire en 2030 serait trop tardif. Une date beaucoup plus rapprochée serait un cadeau fait au monde par la Chine ».

Les Chinois ont déjà annoncé leur intention de plafonner leurs émissions de gaz à effet de serre à partir de 2016.

Mme Hedegaard quitte ses fonctions le 31 octobre. L’engagement pris vendredi dernier par les dirigeants de l’UE de réduire leurs émissions de 40% pour 2030 est sa victoire. Elle a défendu cet objectif contre certains de ses collègues, menés par l’Allemand Günther Oettinger, commissaire à l’Energie, partisan d’un effort moindre, et contre plusieurs Etats membres.

« Tout ce qui a été décidé sera maintenu. Pas de marche en arrière », a assuré vendredi le président sortant du Conseil européen, Herman van Rompuy. « Message au reste du monde: l’UE a ouvert le bal, j’espère que les autres grandes économies vont nous rejoindre avec des objectifs de réduction ambitieux », a aussitôt commenté Mme Hedegaard sur son compte Twitter.

Mais elle est lucide. Les engagements pris par l’UE pour le sommet de Copenhague de 2009 n’ont pas empêché son échec, et ce risque plane sur celui de Paris en décembre 2015.

Elle s’inquiète d’une éventuelle tentation des dirigeants français de minimiser les attentes pour éviter de payer le prix politique d’un échec. « Rien n’est plus facile que de réduire les ambitions quand les choses deviennent difficiles », dit-elle.

« Mais il ne s’agit pas d’un jeu. Il n’est pas suffisant d’avoir quelque chose à Paris. Il faut avoir quelque chose de suffisamment ambitieux pour permettre de limiter le réchauffement à 2°C ». La planète est actuellement sur une trajectoire de +4 à 5°C à la fin du siècle.

© AFP

 

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