Allemagne: un village guide vers le « tournant énergétique »

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Fermé éolienne à Feldheim, village 100% éco-responsable de l'est de l'Allemagne, le 16 octobre 2014 © AFP Odd Andersen

Fermé éolienne à Feldheim, village 100% éco-responsable de l’est de l’Allemagne, le 16 octobre 2014
© AFP Odd Andersen

Feldheim (Allemagne) (AFP) – Avec ses 150 âmes chauffées à l’énergie éolienne, au bois et au fumier, Feldheim, dans l’est de l’Allemagne, fait figure de modèle pour le « tournant énergétique » d’un pays à qui sa transition donne du fil à retordre.

Ce hameau au sud-ouest de Berlin est le premier à avoir entièrement basculé vers les énergies renouvelables et locales, plusieurs décennies avant l’échéance fixée par le gouvernement d’Angela Merkel pour approcher ce résultat au niveau national.

« L’argent ne va plus à des cheikhs arabes ni (au président russe) Vladimir Poutine. Désormais, il reste ici », se réjouit Werner Frohwitter, de la coopérative énergétique locale. Feldheim n’a plus à payer les 160.000 litres de pétrole qu’elle consommait chaque année pour se chauffer.

Le hameau s’alimente grâce au champ d’éoliennes qui surplombe ses champs en pente douce. Une usine de biogaz tourne au maïs et au fumier. Et au coeur de l’hiver, une petite centrale à biomasse brûle les déchets forestiers.

Pour bâtir le tout, il a fallu emprunter aux banques et quémander des subventions. Mais les villageois disent y trouver leur compte, d’autant que 99% de l’énergie éolienne, plus la totalité de la production du parc solaire édifié sur une ancienne base soviétique, est revendue au réseau national.

Malheureusement ce tableau idyllique ne se transpose pas aisément à l’Allemagne toute entière, qui a maille à partir avec son « tournant énergétique ». Voté par le Bundestag à l’été 2011, dans le sillage de Fukushima, il fixe au pays un objectif de 80% de l’électricité consommée provenant de sources renouvelables d’énergie d’ici 2050.

Décision visionnaire, dans un monde bouleversé par le réchauffement climatique ? Ou pari fou, fragilisant la première économie européenne ?

Le plus gros projet d’infrastructures en Allemagne depuis la Seconde guerre mondiale bénéficie toujours d’une solide popularité mais a accumulé retards et surcoûts.

Le pays, qui compte fermer en 2022 sa dernière centrale nucléaire, tire déjà un quart de sa consommation électrique des énergies renouvelables, principalement des éoliennes sur ses côtes septentrionnales, et des panneaux solaires posés sur maisons, granges et usines.

Mais l’éolien off-shore ne tient pas encore ses promesses, difficultés techniques obligent. Et l’opposition des populations locales ralentit l’édification de lignes à haute tension entre le nord du pays, balayé par les vents, et l’activité économique soutenue du sud.

Financièrement, l’engagement public à racheter toute production d’énergie verte pendant 20 ans a renchéri la facture énergétique, devenue la deuxième en Europe, au grand dam des industriels inquiets de leur compétitivité sur la scène mondiale.

En parallèle les gros énergéticiens EON, RWE et Vatenfall réclament au gouvernement des milliards d’euros pour les dédommager de l’arrêt de leurs réacteurs nucléaires. Et, ayant pris trop tard le virage des renouvelables, ils peinent à se réinventer.

Le plus délicat pour cette révolution verte est, paradoxalement, son coût écologique. Les énergies fossiles restent nécessaires pour pallier le caractère erratique de la production renouvelable, mais certaines centrales au gaz, sous utilisées, ont déjà fermé.

Restent les centrales au charbon, qui ont fait du lignite bon marché et polluant la deuxième source d’électricité en Allemagne (26,3%, selon une étude de l’institut Agora menée sur les neuf premiers mois de l’année), talonnant les énergies propres (27,7%).

L’Allemagne milite pour faire repartir le marché européen des quotas de dioxyde de carbone. Parmi les autres pistes envisagées: l’amélioration de l’isolation des bâtiments, le développement des voitures électriques et un soutien temporaire aux centrales à gaz.

Feldheim, fidèle à son image pionnière, a investi dans une structure de recharge pour véhicules électriques et a commandé pour l’an prochain une batterie lithium-ion de 10 mégawatts en Corée du Sud. Outre les 48 heures d’autonomie qu’elle offrira au village en cas d’urgence, elle sera louée à une compagnie régionale pour pallier les fluctuations du courant.

© AFP

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