Brésil: récupérer les pâturages dégradés, enjeu crucial pour l’élevage

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Un agriculteur déplace son bétail dans une ferme de Sao Felix do Xingu, dans l’Etat de Para, au nord du Brésil, le 8 août 2013
© AFP/Archives Yasuyoshi Chiba

PRATA (Brésil) (AFP) – À gauche du chemin de terre, des vaches broutent difficilement une herbe basse et jaunie, constellée de termitières. En face, elles disparaissent jusqu’aux cornes dans des graminées vertes et vaporeuses. « Vous voyez la différence ? Contrairement à mon voisin j’ai restauré mes pâtures dégradées », s’enthousiasme Eire Enio de Freitas.

Propriétaire de 1.200 têtes de bétail dans l’Etat brésilien du Minas Gerais, au nord-ouest de Rio, l’éleveur voyait ses terres s’épuiser d’année en année. « J’ai obtenu un crédit avantageux pour semer du soja puis du sorgho sur cette parcelle. Cela a enrichi le sol, le fourrage est plus nourrissant. Mes bêtes produisent trois fois plus de viande et 20% de lait ​supplémentaire », assure-t-il.

L’association élevage-culture-forêt est l’un des piliers du plan national de récupération des pâturages dégradés. Avec 211 millions de bovins en 2012, le Brésil élève le plus grand cheptel commercial de la planète. Plus de 95% grandit en plein air, sur des prairies qui couvrent 152 millions d’hectares, l’étendue de la Mongolie.

Mais l’érosion et l’appauvrissement des sols menacent la rentabilité du secteur. Sur des centaines de parcelles analysées en début d’année, « 47,2% sont en processus de dégradation », selon un rapport du ministère de l’Agriculture.

« Si nous n’arrivons pas à récupérer ces terres, l’élevage se retrouvera en concurrence avec le soja ou la canne à sucre et les éleveurs finiront par abandonner », estime Sidney Medeiros, chargé du programme « Agriculture à basse émission de carbone » (ABC) au ministère.

A la grande époque du Brésil pionnier, les éleveurs abandonnaient les prairies dégradées pour déboiser de nouvelles portions de forêt et y installer leur bétail. « Aujourd’hui la lutte contre la déforestation interdit cela. Il faut donc améliorer la productivité des pâturages », poursuit le technicien.

A bord d’une jeep aux couleurs du programme ABC, il sillonne le Brésil rural pour convaincre les éleveurs de changer leurs habitudes. « Ils peuvent financer leurs projets au taux de 5% par an, au lieu de 9% sur le marché classique », précise-t-il. A l’image de Enio de Freitas, plus de 20.000 exploitants ont emprunté au total 6,7 milliards de réais (2,2 milliards d’euros) en 4 ans.

« Lorsqu’une terre est très appauvrie, il faut la retourner, ajouter du calcaire, tout cela coûte cher. En semant du maïs ou du soja, la récupération du sol se fait gratuitement », décrit l’éleveur, au milieu des plumeaux d’une parcelle de sorgho.

La plantation d’arbres et de légumineuses sur des terres d’élevage ont permis à la ferme-vitrine de Santa Brigida, dans l’Etat voisin de Goiás, de réduire ses coûts à environ 0,33 euro par kilo de viande produite, moitié moins que la moyenne au Brésil.

Avec un élevage moins invasif et des arbres plantés par milliers, le pays espère redorer son image environnementale. « Le plan contribue à la réduction des émissions de CO2 de l’agriculture, afin que le Brésil tienne sa promesse (de 2009) de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de plus de 36% d’ici 2020 », indique un communiqué du ministère de l’Agriculture.

« Ce programme est bien pensé mais manque d’ambition », nuance Marina Piatto, de l’institut Imaflora. « Il ne représente que 3% du montant des aides gouvernementales à l’agrobusiness », ajoute-t-elle.

Le caractère bureaucratique du système, le manque d’information des éleveurs et leur réticence à devenir cultivateurs compliquent l’extension du plan. « Le plus problématique est l’absence d’instruments pour évaluer son impact réel sur l’absorption de carbone », poursuit Marina Piatto.

En 2012 l’agriculture brésilienne a rejeté l’équivalent de 440 millions de tonnes de CO2 d’après le SEEG (Système d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre). C’est bien plus que toutes les activités de la France réunies (361 millions de tonnes en 2010, d’après la Banque Mondiale).

© AFP

 

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