Des lauréats du Nobel sonnent l’alarme sur l’état de la planète

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plantation de palmiers à huile près de Pundu, Bornéo, Indonésie (1°59’ S - 113°06’ E). © Yann ARthus Bertrant / Altitude Anyway.

Nouvelle plantation de palmiers à huile près de Pundu, Bornéo, Indonésie (1°59’ S – 113°06’ E). © Yann ARthus Bertrant / Altitude Anyway.

Paris (AFP) – Plusieurs lauréats du Nobel vont mettre à profit la semaine de remise des célèbres prix pour tirer la sonnette d’alarme sur l’état de la Terre, gravement malade, mettant toute leur autorité dans un plaidoyer en faveur d’une révolution des comportements humains.

Seule une utilisation plus intelligente et plus raisonnable des ressources permettra de sauver les écosystèmes dont l’humanité dépend, veulent rappeler ces onze personnalités, principalement des scientifiques, réunies à Hong Kong à partir de mercredi, parallèlement à l’attribution à Oslo des Nobel 2014.

La situation est « catastrophique, » souligne Peter Doherty, colauréat 1996 du prix Nobel de médecine, qui participera à cette conférence de quatre jours, la 4e d’une série initiée par les Nobel et consacrée à l’état de la planète.

Réchauffement du climat, déforestation, détérioration des sols et des ressources en eau, acidification des océans, pollutions chimiques, maladies liées à l’environnement, la liste des plaies planétaires est longue et ne cesse de s’allonger, relève-t-il.

Ce qui signifie que les consommateurs, les entreprises et les politiques doivent désormais soupeser toutes leurs actions, explique M. Doherty à l’AFP.

« Nous devons penser durabilité – durabilité alimentaire, durabilité de l’eau, durabilité des sols, durabilité de l’atmosphère », insiste-t-il.

A Hong Kong, les Nobel se pencheront sur le défi que représente la hausse possible des températures de +4°, soit le double de la limite de +2° que s’est fixée la communauté internationale.

Derrière leurs préoccupations, se trouve le constat sans cesse confirmé, et chiffré, que l’humanité vit au-dessus de ses moyens.

Ainsi le rapport Planète Vivante 2014 du WWF rendu public mardi rappelle-t-il qu’à l’heure actuelle, l’être humain dévore une Terre et demie par an. Autrement dit, nous consommons 50% de ressources naturelles de plus que ce que la planète est capable de régénérer.

« Le péril semble imminent, » constate l’astrophysicien australo-américain Brian Schmidt, colauréat du Nobel 2011 de physique pour sa démonstration de l’accélération de l’expansion de l’Univers.

« Notre consommation de ressources croît de manière exponentielle, afin de servir les quelque 9 milliards de personnes annoncées sur la terre d’ici 2050, qui veulent mener la vie que nous menons en Occident », souligne-t-il. « Nous sommes sur le point de créer plus de dommages au cours des 35 prochaines années qu’au cours des 1.000 précédentes. »

Pour l’Israélienne Ada Yonath, colauréate du Nobel 2009 de chimie, il ne s’agit pas juste de préserver les animaux et les plantes: l’humanité doit aussi être plus prudente à l’égard de ressources comme les antibiotiques.

Quelles solutions alors? Plusieurs Nobel voient dans l’énergie une priorité.

Les énergies fossiles doivent être remplacées le plus vite possible par des ressources plus propres et des technologies nouvelles dont, étape tout aussi cruciale, doivent aussi bénéficier rapidement les pays émergents.

Car si ces Etats restent à l’écart, ils auront encore et toujours recours à des ressources fossiles pour se développer. « Ce qui conduira à une modification climatique majeure et pourrait bien déstabiliser une large portion de la population mondiale, » prévient Brian Schmidt.

Autre préoccupation, retirer les œillères d’une partie de l’opinion sur ces sujets – tout en expliquant patiemment au public pourquoi le changement peut être à son avantage.

George Smoot, colauréat 2006 du Nobel de physique pour ses travaux sur le Big Bang à l’origine de l’Univers, donne l’exemple de l’éclairage au LED, qui remplace de plus en plus les traditionnelles ampoules à incandescence.

Mais « une belle innovation ne suffit pas, » ajoute-t-il. « Elle doit être utilisée largement, et cela commence avec la compréhension de chacun. Alors il nous faut des solutions, pour que les autorités autorisent et encouragent, pour que les gens adoptent. Cela marche quand tout le monde comprend les bénéfices, à la fois pour l’ensemble et pour chacun. »

 

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