Inondations: le Pakistan s’interroge sur ses barrages

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Photo prise le 12 septembre 2014 à partir d’un hélicoptère de l’armée pakistanaise d’une famille d’agriculteurs, victime des inondations qui ont ravagé une partie de la région du Pendjab
© AFP/Archives Arif Ali

Islamabad (AFP) – Lassés de subir chaque année des inondations qui affectent des millions de personnes et plombent son économie, des Pakistanais s’interrogent sur l’efficacité de leurs barrages, incapables de contenir les crues furieuses des rivières himalayennes dopées par les pluies de mousson.

Pour la cinquième année consécutive, des centaines de milliers de Pakistanais, en majorité des paysans, ont dû fuir l’arrivée des flots boueux qui ont inondé leurs terres et des millions de champs, causant des centaines de millions de dollars de pertes à l’agriculture, premier secteur national.

Avec un record historique en 2010, lorsque les crues ont inondé 20% du Pakistan, soit une superficie plus grande que l’Angleterre, et affecté 20 millions de personnes, soit près de 10% de sa population.

Depuis l’époque coloniale britannique (achevée en 1947 avec l’indépendance), le Pakistan a pourtant bâti nombre d’infrastructures pour contrecarrer la montée des eaux des rivières qui traversent le pays du nord au sud, des contreforts himalayens du Cachemire au delta de l’Indus, où le plus grand fleuve du pays se jette dans la mer d’Oman.

Le pays possède ainsi le plus grand barrage rempli de terre au monde à Tarbela, juste au nord de la capitale Islamabad, et pas moins de 150 autres gros barrages. 30% de l’électricité produite au Pakistan sort de leurs turbines hydroélectriques. Un chiffre qui souligne leur importance dans un pays plombé par un fort déficit énergétique et qui pour y faire face coupe chaque jour l’électricité pendant plusieurs heures à ses habitants.

Mais la répétition des inondations encourage plus que jamais ceux qui accusent ces barrages de les provoquer plutôt que de les contenir. « Les barrages ne permettent pas d’éviter les inondations: au contraire ils les provoquent », estime ainsi l’économiste Kaisar Bengali.

« Les barrages ne font pas que bloquer l’eau, ils bloquent aussi la vase, ce qui relève le niveau du lit de la rivière, explique-t-il. « En 2010, le surplus d’eau était moins important qu’en 1976 et pourtant il a provoqué de plus grandes inondations car le niveau de la rivière est monté plus haut ».

Cette préoccupation fut notamment souligné par une étude menée en 2000 par le WWF, qui soulignait également que la déforestation engendrée par la construction des barrages facilitait les inondations.

Le débat porte aussi sur la libération ou non des eaux stockées dans les barrages: leurs dirigeants préfèrent parfois les garder pleins pour produire plus d’électricité, alors qu’une libération plus régulière des eaux pourrait contribuer à réduire les inondations.

Mushtaq Gaadi, spécialiste de l’eau et professeur à l’Université Quaid-e-Azam d’Islamabad, souligne de son côté que les inondations de cette année (déjà près de 2,5 millions de personnes affectées, c’est à dire bloquées par les eaux ou qui ont fui leur montée) ont notamment été intenses le long de la rivière Chenab, où le plus grand barrage clé, celui de Trimmu, construit sous l’ère britannique, a perdu de son efficacité car les sédiments s’y sont accumulés.

« Il ne peut plus déverser que 600 mètres cubes par seconde, beaucoup moins qu’avant, principalement à cause de l’élévation du niveau du lit de la rivière. L’obstruction des sédiments ralentit le cours de la rivière et favorise les dépôts, et les eaux commencent à monter », explique-t-il.

Or curer les grands barrages est à la fois difficile et très cher, et le Pakistan cherche pour cela à recevoir des aides financières multilatérales comme celle de la Banque asiatique de développement ou de la Banque mondiale.

Avec l’aide de cette dernière, Islamabad a achevé de rénover en 2010 le barrage de Taunsa, dans le Pendjab (centre) pour un coût de 144 millions de dollars (112 millions d’euros)… ce qui n’a pas empêché de nouvelles inondations dans la zone cette année.

Cette année encore, les autorités ont dû faire sauter des digues pour détourner les flots menaçant les grandes villes, les détournant vers des zones moins peuplées, un autre signe de leur échec à contenir la montée régulière des eaux.

Les barrages sont également accusés de créer une illusion de sécurité dans les régions inondables. Selon M. Gaadi, nombre des 300 morts provoquées par les inondations de cette année auraient pu être évitées si les autorités avaient empêché certains villages de s’établir dans ces zones menacées.

Malgré ces avertissements, le gouvernement pakistanais, qui a fait de l’augmentation de la production d’électricité une de ses principales priorités, continue à parier sur les barrages et à en construire de nouveaux, dont celui de Diamer-Bhasha dans le Gilgit Baltistan (nord), d’un coût estimé de 14 milliards de dollars (11 milliards d’euros).

© AFP

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