Elevage: du lin et des graines oubliées contre le soja OGM

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Un employé de l’usine « Valorex » d’aliments pour animaux montre des graines de lin à Combourtillé (Ille-et-Vilaine) le 12 septembre 2014
© AFP Jean-Sébastien Evrardgraines

Combourtillé (France) (AFP) – Du lin à domicile plutôt que du soja OGM importé pour le bétail. La PME bretonne Valorex, qui fête son 6e site de production, s’appuie sur la relance de cultures en désuétude pour mieux nourrir les animaux – et donc les hommes.

On n’arrive pas à Combourtillé (Ille-et-Vilaine) par hasard, en pleins champs à une cinquantaine de kilomètres de Rennes, reconnaît le fondateur et PDG Pierre Weil, agronome trublion promoteur d’une alimentation qui serait « à la fois bonne pour les animaux et bonne pour les humains ». Lui-même a débarqué ici en 1992, sur ces terres restées historiquement liées jusqu’aux années 50 à la production de lin et aux Toiles de Mayenne.

Son intuition reposait sur l’incorporation de ces graines riches en protéines et en Oméga 3 à l’alimentation animale pour améliorer les rendements et la qualité des oeufs, viandes et produits laitiers. Tout en renforçant l’autonomie de l’élevage français, toujours plus dépendant des importations de tourteaux de soja du Brésil.

« Sur 3,5 millions de tonnes de protéines consommées, 3 millions de tonnes proviennent du soja importé », relève-t-il. Ses graines à lui contiennent 30% de protéines. « Ca n’est pas la solution, mais ça fait quelques milliers de tonnes importées en moins ». Et le produit fini, à l’arrivée, n’est pas le même comme le prouve la labellisation des oeufs, viandes ou laits de la filière « Bleu Blanc Coeur », obtenue en 2000.

« Quand j’ai commencé, la nutrition animale était une industrie de sous-produits de la meunerie, de l’amidonnerie, des huileries. L’idée était de développer des matières premières spécifiques », résume-t-il.

Mais encore fallait-il relancer la culture du lin tombée en désuétude, en passant contrat avec les paysans. Valorex s’est ainsi impliqué dans les filières végétales, après le lin, le lupin, les féveroles. Aujourd’hui ses usines traitent 25.000 tonnes de graines de lin par an et associent 5.000 paysans.
Pour les rendre comestibles et digestes, ces graines sont d’abord grillées, « extrudées » plus précisément – chauffées et soumises à une très forte pression qui les éclate – pour produire un genre de gruau livré aux fabricants d’aliments pour le bétail, les porcs, les volailles ou les lapins: « On livre 80% des fabricants spécialisés », relève Béatrice Dupont, la directrice du développement. « On améliore ainsi la qualité nutritionnelle des produits finis », ajoute-t-elle.

A ses côtés, un technicien brandit un morceau de lard, analysé par infrarouges pour en mesurer la teneur en acides gras et Omega 3. Le système qui délivre son verdict en quelques secondes, « Visio-Viandes », est l’un des derniers brevetés par la PME de Combourtillé. Il permet à l’éleveur de rectifier le régime alimentaire de ses bêtes pratiquement en direct.

Dans un secteur où « les innovations sont rares », note Mme Dupont, l’entreprise mise sur la recherche: l’équipe R&D compte 30 personnes sur les 140 salariés du groupe et déjà 12 brevets à son actif, de la détermination de la qualité des lipides du lait à l’évaluation du méthane produit par les ruminants (dont le lin réduit les émissions) ou celle de l’efficacité d’une ration alimentaire de ruminant.

Cette expertise lui permet de percer sur les marchés extérieurs, en Europe mais aussi aux Etats-Unis, au Maghreb ou en Asie. Le Japon est passionné par son ambition nutritionnelle et récemment une délégation chinoise a trouvé la route de Combourtillé, en quête de solutions pour ses porcs.

Valorex délivre plus de 130.000 tonnes d’aliments extrudés par an pour un chiffre d’affaires 2013 de 78 millions d’euros (64 millions en 2012). D’où la nécessité d’élargir ses sites de production vers Poitiers, Besançon, Rodez ou la Normandie, en partenariat avec les coopératives agricoles.

Mais son souci reste son approvisionnement en matières premières: « L’Etat devrait mettre de l’argent dans la sélection pour augmenter les rendements et la résistance » des lins et des protéagineux en général, juge Pierre Weil.

« Quand on récolte 100 quintaux de maïs à l’hectare, on en a 20 en lin et 35 en féveroles. Il faut en importer »: le lin vient du Royaume-Uni, le lupin d’Australie et le sarrazin de Chine. « Le plus compliqué fut sans doute de relancer ces cultures et ça reste un vrai frein », jure-t-il.

© AFP

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