Boues rouges: le Parc des calanques prolonge de 30 ans l’autorisation des rejets liquides

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Le site de MangeGarri le 8 octobre 2010, près de Gardanne dans les Bouches-du-Rhône, où les résidus de bauxite produisent les "boues rouges" © AFP/Archives anne-Christine Poujoulat

Le site de MangeGarri le 8 octobre 2010, près de Gardanne dans les Bouches-du-Rhône, où les résidus de bauxite produisent les « boues rouges »
© AFP/Archives anne-Christine Poujoulat

Cassis (France) (AFP) – Le conseil d’administration du Parc national des calanques, un site naturel proche de Marseille, a prolongé lundi de 30 ans la dérogation accordée à une usine d’alumine pour rejeter en mer des résidus liquides issus de la production de bauxite.

« Le conseil d’administration a décidé d’autoriser ces rejets, mais avec des conditions fermes », a annoncé à la presse son président, Didier Réault, adjoint au maire de Marseille. La décision, dite conforme, s’impose au préfet, a-t-il précisé. Concrètement, elle permet à l’usine Alteo d’effectuer des rejets contraires à la Convention de Barcelone de 1976 sur la protection de la Méditerranée.

L’élu a notamment promis de « meilleurs contrôles et un meilleur suivi des eaux rejetées » dans ce dossier dits des « boues rouges », pour désigner les rejets solides dus à la production de bauxite qui, eux, devraient en revanche disparaître prochainement grâce à un changement de process de production dans l’usine Alteo de Gardanne.

« Nous avons la possibilité de tout stopper, un arrêté peut être pris en ce sens par le préfet » si le groupe ne respecte pas ses engagements, a fait valoir M. Réault, assurant que les rejets allaient en outre massivement diminuer, de l’équivalent de « 2.000 camions par an à 2 camions par an », selon lui.

Depuis près de 50 ans, l’usine de Gardanne, un ancien site de production d’alumine de Péchiney et du géant minier anglo-australien Rio Tinto, racheté en 2012 par le fonds d’investissement américain HIG et renommé Alteo, bénéficie d’un droit à expédier ces résidus à 7 km au large de Cassis, dans le canyon sous-marin de la Cassidaigne, par 330 m de fond.

« C’est dramatique, personnellement, ça me choque beaucoup », a réagi après le vote Yves Lancelot, membre du conseil d’administration du parc, océanographe et ancien directeur de recherche au CNRS. « Les risques, on ne les connaît pas, c’est bien le problème, pour le moment, il y a des inconnues énormes », a-t-il poursuivi, regrettant un « chantage à l’emploi ».

– ‘L’eau, c’est la vie’ –

Au départ de l’usine de Gardanne, qui compte 400 salariés et 300 sous-traitants, les rejets empruntent un émissaire de 47 kilomètres, traversant 14 communes et, pour finir, le tout récent Parc national des calanques créé en 2012. Elles résultent du traitement de la bauxite, ce minerai de couleur essentiellement rouge, dont on extrait de l’alumine, qui entre notamment dans la composition des écrans LCD ou d’abrasifs.

Selon le Parc national des calanques, quelque 20 millions de tonnes de ce mélange d’eau, de soude et de métaux lourds ont ainsi tapissé les fonds marins depuis 1966 et la première autorisation préfectorale.

« Cela me scandalise, mais si vous voulez comprendre le système, regardez la composition du conseil d’administration: il n’y a pas beaucoup d’experts… », a regretté M. Lancelot, qui a lui-même voté contre le texte adopté lundi.

Devant le centre de congrès de Cassis, près de Marseille et au cœur des calanques, une trentaine de membres de collectifs de défense de l’environnement s’étaient rassemblés lundi pour demander le rejet de la demande de dérogation d’Alteo.

« Ce qu’on veut, c’est plus du tout de rejets », a résumé Olivier Dubuquoy, docteur en géographie, reconnaissant toutefois « ne pas être surpris » par la décision prise en sens inverse. « Malheureusement, on se disait que cela ne se présentait pas sous les meilleurs auspices », a-t-il reconnu: « ce que devait faire le parc, c’est gommer cette verrue… ».

Parmi les manifestants, l’ex-navigatrice Florence Arthaud, installée à Marseille. « Je suis choquée par le rejet des boues rouges en plein milieu des calanques et par l’attitude des politiques », a-t-elle confié: « l’eau, c’est la vie ».

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