Une station d’épuration prête à injecter du biométhane dans le réseau de gaz

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Frédéric Pierre, chef de projet à la station d'épuration de Strasbourg, le 1er septembre 2014 © AFP Patrick Hertzog

Frédéric Pierre, chef de projet à la station d’épuration de Strasbourg, le 1er septembre 2014
© AFP Patrick Hertzog

Strasbourg (AFP) – La station d’épuration de Strasbourg va injecter le biométhane qu’elle tire des eaux usées dans le réseau de gaz naturel. Cette première en France, emblématique de la transition énergétique, est appelée à faire des émules.

Le projet est entré mardi dans sa dernière ligne droite, avec la pose de la première pierre de l’unité où sera purifié le biogaz que produit la quatrième station d’épuration de France, installée au bord du Rhin.

Un cap a été fixé pour l’usine, exploitée par Lyonnaise des Eaux et Degrémont: elle devra fournir, à partir de la mi-2015, quelque 1,6 million de m3 de biométhane par an. C’est l’équivalent des besoins d’environ 5.000 logements à basse consommation.

Pas de quoi supplanter le gaz naturel d’origine fossile pour l’agglomération strasbourgeoise, mais assez pour apporter de l’eau au moulin des énergies renouvelables.

– Circuit court –

« Les eaux usées des Strasbourgeois vont permettre de produire du gaz consommé par les Strasbourgeois, dans un circuit court », s’est réjoui Olivier Bitz, président de réseau GDS, opérateur du réseau de gaz de l’agglomération et principal investisseur dans le projet.

« Les acteurs locaux ont un rôle fondamental à jouer dans la transition énergétique », a ajouté M. Bitz, par ailleurs conseiller communautaire de l’agglomération, qui veut bâtir le « réseau de gaz naturel le plus vert de France ».

Le procédé de la méthanisation utilisé dans la station de Strasbourg n’est pas nouveau: il s’agit d’une fermentation, via des bactéries, des boues d’épuration, ces résidus de fin de parcours dans le traitement des eaux usées. Cette « digestion » génère du biogaz, souvent valorisé en électricité ou en combustible.

La grande nouveauté du projet strasbourgeois, baptisé Biovalsan et lancé en 2012, est d’en faire un biométhane de haute qualité, en le purifiant et en le débarrassant du gaz carbonique qu’il contient, puis de l’injecter dans le réseau de gaz naturel.

« C’est la solution de valorisation la plus rentable sur le plan énergétique, celle qui présente le moins de pertes », a fait valoir Daniel Karcher, directeur régional Grand Est à la Lyonnaise des Eaux.

– D’autres villes intéressées –

Accessoirement, la technologie mise en place à Strasbourg permettra aussi de récupérer la totalité du gaz carbonique contenu dans le biogaz. La valorisation de ce sous-produit est encore à l’étude.

Des barrières réglementaires barraient jusqu’à récemment la route au biométhane des stations d’épuration. Il fallait faire la preuve d’une qualité suffisante et « démontrer, par précaution, qu’il ne présentait aucun risque sanitaire, chimique ou biologique » pour les usagers, a expliqué à l’AFP Frédéric Pierre, responsable du projet.

Ces freins ont disparu en juin avec la publication de textes officiels d’autorisation, en partie grâce aux tests menés dans le cadre du projet strasbourgeois. Des tarifs d’achats du biométhane par les fournisseurs ont été fixés dans la foulée, plus élevés que ceux du gaz naturel, afin que ce genre de projets puisse être rentable.

Biovalsan, soutenu par un financement de plus de 2 millions d’euros de la Commission européenne, a été conçu comme un projet pilote, dont les résultats devront être partagés. « D’autres villes sont déjà très avancées dans leur réflexion », a assuré M. Karcher, citant l’exemple de Grenoble.

En juin, le ministère de l’Ecologie avait souligné la « demande forte des collectivités » en la matière. Il avait estimé que « plus de soixante stations d’épuration » pourraient se doter à l’horizon 2020 des équipements nécessaires pour injecter du biométhane et atteindre ainsi « la consommation annuelle de plus de 40.000 ménages ».

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