En Lozère, les vautours sont de retour

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vautours

Un vautour
© AFP/Archives Martin Bureau

Meyrueis (France) (AFP) – En Lozère, les vautours sont de retour. Disparus dans les années 50, victimes de poison ou de tirs, ils sont aujourd’hui plus de 800 à planer au-dessus des grandioses gorges sauvages des Grands Causses.

Trente-trois ans après le lancement d’une opération de réintroduction, une « référence mondiale », selon Yvan Tariel, directeur de la mission rapace de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), ces oiseaux à l’envergure allant jusqu’à 2,90 m sont devenus une valeur ajoutée touristique de la région.

Une des rares régions de France, avec les Pyrénées, où il est possible pour le public d’admirer ensemble les quatre espèces de vautours vivant en Europe.

Aujourd’hui dans les Grands Causses, on recense 400 couples de vautours fauves, vingt couples de moines, deux couples revenus tout seul de percnoptères – sur les 80 vivant dans l’Hexagone – et enfin deux gypaètes barbus, dont la réintroduction a débuté en 2012 à raison de deux oiseaux par an.

« Un vautour est un charognard. Et chacun a son utilité. Le fauve et sa collerette bavoir mange la chair molle; le moine se nourrit de la chair dure; le percnoptère avec son bec long et fin curette ce qu’il reste; enfin le gypaète se repaît des os », détaille Constant Bagnolini, ornithologue et guide de la Maison des vautours qui accueille 30.000 visiteurs par an.

L’idée de réintroduire l’équarrisseur bénévole de la nature remonte aux années 1970, 20 ans après la disparition entre Lozère et Aveyron de ces rapaces, victimes de poison pour les renards et les loups ou de tirs pour la gloire et le sport.

Des passionnés naturalistes, aidés par la LPO, avaient alors installé des volières dans le Parc national des Cévennes, où elles servent encore d’infirmerie. A l’intérieur, les spécialistes, pour créer une colonie, avaient placé quatre à cinq jeunes vautours ponctionnés dans des nids pyrénéens, mais aussi quelques rapaces en provenance de zoos et enfin quelques oiseaux malades, fatigués ou blessés qui devaient être soignés.

Un premier lâcher de vautours fauves est tenté en 1975. Échec. Trois s’envolent peut-être vers l’Espagne d’où ils étaient originaires, un s’électrocute et le troisième est abattu par un chasseur qui l’a confondu avec un faisan.

La deuxième tentative, le 15 décembre 1981, est la bonne. Cinquante oiseaux, des couples de vautours fauves, sont lâchés. En 1986, 25 autres couples suivent.

« En mai 1982, on a eu la première naissance: Bouldras (vautour en occitan) », se souvient M. Bagnolini, précisant qu’il faut quatre ans pour que l’animal devienne adulte. Jusqu’à cet âge, notamment lorsqu’il est tout petit, il peut être la proie des corbeaux. Comme l’un des derniers nés, qu’il a surnommé Bayard parce qu’il « a résisté à toutes les attaques ».

Pour faciliter l’implantation de ces rapaces, une dérogation à la loi a été mise en place dans les Causses et départements voisins. Elle offre aux éleveurs la possibilité de laisser les carcasses de leurs animaux dans des « placettes d’alimentation » avec en contrepartie un dégrèvement de 40% de la taxe d’équarrissage.

Il y en a ainsi 70 dans le secteur et certaines sont équipées de caméras. C’est là que la LPO dépose des carcasses. « Cela permet un contrôle scientifique et le baguage », explique M. Tariel, se félicitant de l’unanimité dans les Causses autour de ce rapace qui « peut parcourir jusqu’à 100 kilomètres pour se nourrir et peut apercevoir un cadavre de 30 cm à 3,5 kilomètres de distance ».

Pourtant dans d’autres régions, il reste du travail pour améliorer l’image populaire de ce rapace toujours assimilé à la mort et à l’avidité, comme dans l’Ariège où des éleveurs accusent des vautours fauves d’avoir tué du bétail vivant et en bonne santé.

« Je lis parfois que des vautours ont attaqué. C’est faux », déplore Gilles Vergely, propriétaire de la Maison des vautours. Et de souligner avec force: « C’est un charognard, pas un prédateur ».

© AFP

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