Nitrates, pesticides, distribution: la politique de l’eau en chantier

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Un système d’irrigation dans un champ
© AFP/Archives Guillaume Souvant

Paris (AFP) – Quelque 3.800 nouvelles communes vont être classées zones vulnérables aux nitrates : cette mesure, associée à un renforcement des actions dans ces territoires, vise à permettre à la France d’éviter de lourdes amendes de la part de Bruxelles.

Ce classement force les agriculteurs de ces communes à adopter un traitement plus écologique, notamment vis-à-vis des déjections animales, productrices de nitrates qui polluent l’eau.

L’an dernier, la Cour de justice européenne a condamné la France pour manquement à l’application de la directive nitrates, mais sans prononcer de sanctions financières, pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce qu’elle peut encore faire cette année. D’où l’urgence à muscler la politique de lutte contre cette pollution.

Cet élargissement des zones vulnérables (environ 19.000 communes à ce jour) s’inscrit dans un vaste chantier pour rendre plus efficace la politique de l’eau, détaillé mercredi en conseil des ministres par Ségolène Royal.

La ministre de l’Ecologie a dit à l’AFP vouloir s’attaquer davantage à la pollution (nitrates, pesticides, micropolluants) et « stabiliser la facture de l’eau », dont elle juge l’augmentation de ces dernières années « anormale ».

L’extension des zones vulnérables aux nitrates (polluées ou susceptibles de l’être) risque de heurter le secteur agricole, en particulier l’élevage, déjà en difficulté. Pour Xavier Beulin, président de la FNSEA, ce renforcement ne va qu’amplifier « le grand découragement de la profession ».

« Nous serons attentifs aux éleveurs », a assuré Mme Royal. « Ils bénéficieront des aides maximales possibles », notamment via les agences de l’eau, pour la mise aux normes des bâtiments (fosses de stockage des effluents) et de création d’unités de méthanisation, a indiqué la ministre.

Selon son cabinet, des actions de prévention (stockage des effluents, conversion à l’agriculture biologique ou raisonnée, mise en culture de champs pour piéger les nitrates) ont permis en 2013 à quelque 400 communes de sortir de ce classement.

Au-delà des nitrates, les sols, et par ricochet les nappes phréatiques, sont trop pollués par les pesticides, et désormais par les micropolluants (résidus de médicaments, de produits cosmétiques, etc.). D’où des traitements très coûteux pour rendre l’eau potable.

Une enquête de l’UFC-Que choisir avait estimé l’an dernier à plus d’un milliard d’euros les coûts annuels de dépollution de l’eau, financés à 80-90% par les consommateurs.

Pour améliorer la situation, le nombre de captages « prioritaires », bénéficiant d’actions ciblées, va passer de 500 à 1.000 (sur environ 12.000 captages), comme annoncé lors de la conférence environnementale en septembre dernier.

Dans la même optique, le plan Ecophyto, qui devait permettre de réduire de 50% l’usage des pesticides entre 2008 et 2018, va être revu, faute de résultats probants.

Les collectivités seront incitées à se préparer à l’interdiction des pesticides en 2016 dans les espaces verts, et même d’aller au delà en étendant leurs nouvelles pratiques (désherbage mécanique, paillage, etc.) à la voirie et aux terrains de sport. En Ile-de-France, selon Natureparif, 122 communes ont adopté une démarche « zéro pesticide » sur leur territoire.

Pour lutter contre la prolifération d’algues vertes, liée à l’apport d’azote dans l’océan via les nitrates, des soutiens financiers (Ademe, agences de l’eau, etc.) sont prévus pour aider à installer 25 à 30 unités de méthanisation par an.

Pour les micropolluants, « il faut trouver des méthodes innovantes de traitement », indique le ministère de l’Ecologie en annonçant que 13 projets ont été retenus.

Si ces actions de prévention devraient permettre de limiter la facture « eau », une rénovation plus ambitieuse des réseaux est aussi nécessaire.

Chaque année, environ 20% de l’eau traitée se perd en chemin vers les robinets, selon le ministère.

Pour susciter le lancement de travaux, les agences de l’eau pourront financer les diagnostics, des fonds de la Caisse des dépôts seront mobilisés et le doublement de la redevance due par les collectivités, prévue par la loi Grenelle, est repoussée à 2015.

Quant aux contrats de distribution d’eau, « très disparates » selon le ministère, « on peut se demander parfois si les bénéfices ne devraient pas être davantage mis dans l’entretien des réseaux ». Une expertise a été lancée sur le sujet.

© AFP

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