La Chine s’arme pour une difficile « guerre contre la pollution »

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guerre contre la pollution

Un nuage de pollution enveloppe Pékin, le 26 février 2014, ville chinoise qui souffre, comme de nombreuses autres dans le pays, de taux de pollution anormalement élevés
© AFP/Archives Mark Ralston

Pékin (AFP) – Tribunaux ad hoc, amendes journalières, menaces de fermetures définitives d’usines: la Chine fourbit les armes d’une guerre déclarée à la pollution, mais les analystes préviennent que ces initiatives prometteuses n’ont pas de garantie de résultats.

Depuis des décennies, Pékin a sacrifié l’environnement sur l’autel d’une croissance économique fulgurante. Des centaines de millions de Chinois ont vu leur niveau de vie s’élever, mais une part croissante d’entre eux exige désormais une qualité de vie meilleure.

Outre les problèmes de santé et d’environnement qu’ils suscitent, l’air âcre, la pollution de l’eau et des sols nuisent à l’image du pays: touristes et hommes d’affaires sont rebutés par l’image de Pékin étouffé dans un nuage de brouillard industriel.

Ces derniers jours, à l’ouverture de la saison touristique, la capitale a enregistré des taux de pollution supérieurs à 300, selon les mesures de l’ambassade américaine, soit 12 fois supérieurs aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pourtant, le combat contre la pollution se heurte aux résistances des industries et des responsables locaux, ainsi qu’aux craintes de Pékin d’un ralentissement de la croissance, source de “troubles sociaux”.

« Nous voyons de vastes plans d’actions, très concrets, qui comprennent des mesures fortes, notamment en termes de surveillance publique », a indiqué Ma Jun, expert des questions environnementales basé à Pékin.

Reste que « la mise en œuvre de ces mesures sera très difficile, parce qu’elle touchera beaucoup d’intérêts différents et de lourds investissements », a-t-il ajouté.

Parmi les engagements pris par Pékin, l’obligation pour 15.000 entreprises de dévoiler leurs taux d’émissions de polluants en temps réel.

En mars, le Premier ministre Li Keqiang a déclaré « la guerre à la pollution », promettant de fermer 50.000 fours à charbon et d’envoyer à la casse six millions de vieilles voitures.

Le mois suivant, le gouvernement a modifié sa loi de protection de l’environnement, pour la première fois en 25 ans, afin de permettre aux associations de poursuivre les pollueurs, eux-mêmes exposés à des peines plus lourdes, parmi lesquelles des amendes journalières.

En juin, un média officiel a fait part pour l’an dernier de l’arrestation de 200 personnes et la fermeture de 3.500 entreprises pour des délits touchant à l’environnement.

La semaine dernière, la Cour Suprême a annoncé la formation d’un nouveau tribunal, chargé des affaires d’environnement.

A sa tête, Zheng Xuelin a néanmoins admis que des pollueurs risquaient de passer entre les mailles du filet. « Les tribunaux veulent traiter certaines affaires mais n’osent pas le faire à cause de certaines interférences », a-t-il expliqué.

Malgré les interrogations sur leur application, Ma Jun estime de son côté que ces engagements représentent un changement spectaculaire de la part d’un gouvernement qui refusait de publier les chiffres de la qualité de l’air il y a quelques années. Presque 200 villes chinoises rendent ces données publiques aujourd’hui.

« C’est la première fois que le gouvernement montre une véritable volonté politique de résoudre le problème de la pollution de l’air », juge l’expert.

La Chine s’est déjà fixé des objectifs rigoureux en termes de qualité de l’air et s’est engagée à réduire la proportion d’énergie provenant du charbon à 65% d’ici à 2017.

Le gouvernement a également promis de dépenser 1.700 milliards de yuan (200 milliards d’euros) sur cinq ans pour réduire la pollution de l’air, et d’évaluer les gouvernements locaux sur leur engagement en la matière.

Pour l’heure, ces objectifs n’ont pas été atteints: la qualité de l’air est encore descendue en-dessous des standards nationaux dans 71 des 74 plus grandes villes du pays l’année dernière.

L’autorisation accordée aux associations d’attaquer les pollueurs en justice pourrait, elle, se heurter au parti unique et sa tendance à vouloir dicter seul le changement.

Plusieurs experts des questions environnementales ont ainsi été condamnés ces dernières années et des manifestations contre des usines chimiques ont été violemment réprimées.

Les mesures annoncées visent surtout la côte est, la partie la plus développée du pays, où les revendications des habitants sont mieux entendues. Dans l’Ouest, des projets prévoient la construction d’usines qui convertiraient le charbon en gaz et l’achemineraient vers l’Est.

“Quand on construit des équipements qui valent plusieurs milliards de dollars, on attend forcément un retour sur investissement”, a reconnu Alvin Lin, directeur de la politique climatique et énergétique chinoise pour le Conseil de défense des ressources naturelles.

“On peut donc s’attendre à ce que ces usines soient utilisées au maximum de leurs capacités”.

© AFP

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