Climat: les pays les plus polluants peuvent se « décarboner » d’ici à 2050

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Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à Abou Dhabi le 5 mai 3014
© ONU/AFP/Archives Eskinder Debebe

Paris (AFP) – Du concret sur la table des négociations sur le changement climatique: un rapport, remis mardi au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, montre pour la première fois comment 15 des pays les plus polluants, dont la Chine et les Etats-Unis, peuvent se « décarboner » d’ici à 2050.

La communauté internationale s’est fixé comme objectif de limiter le réchauffement à 2°C, or « très peu de pays ont regardé sérieusement ce que ça implique », souligne le « deep decarbonization pathways project » (DDPP) dans son premier rapport.

Les efforts actuels de réduction de gaz à effet de serre (GES), dont le CO2 compte pour 76%, sont bien trop marginaux.

Pour respecter ce seuil de 2°C, au-delà duquel « il y a un risque extrême pour le futur bien-être de l’humanité », il faut une « transformation profonde des  systèmes énergétiques et de production, de l’industrie, de l’agriculture… », insiste le rapport.

Aussi, une trentaine d’institutions et groupes de recherche en Afrique du Sud, Australie, Allemagne, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, France, USA, Inde, Indonésie, Japon, Mexique, Royaume-Uni et Russie, soit plus de 75% des GES dans le monde, ont relevé le défi et répondu à la question suivante:

Que faut-il faire pour en 2050 avoir une chance d’être sur une trajectoire de 2°C, soit n’émettre plus en moyenne qu’1,6 tonne de CO2 par personne, contre 5,2 tonnes, aujourd’hui?

Cette initiative, de l’Institut du développement durable (Iddri) et du Sustainable development solutions network (créé par l’ONU), vise à poser des scénarios ambitieux sur la table, espérant ainsi hisser le niveau d’ambition pour la conférence climat de Paris qui doit aboutir au premier accord de réduction de GES impliquant tous les pays.

« Les négociations sont un jeu de poker menteur. Quasiment personne ne regarde ce qu’il faudrait qu’il fasse pour être sur cette trajectoire, parce qu’il dit que les autres ne le font pas… Là, on a dit: +On le fait tous, plus d’excuse+ », explique à l’AFP le responsable du projet, Emmanuel Guérin.

Bilan: en 2050, les émissions de CO2 liées à la consommation d’énergie (qui ne comptent donc pas la déforestation ou autres émissions de l’agriculture) pourraient être réduites de 45% par rapport à 2010 (de 22,3 milliards de tonnes à 12,3), soit une baisse de 56% par habitant.

En dépit de réalités très différentes, trois grands chantiers s’imposent: l’efficacité énergétique, soit faire mieux avec moins d’énergie (conception des voitures, matériaux de construction…), produire de l’électricité sans carbone (énergies renouvelables, nucléaire, stockage de CO2…) et  utiliser des carburants moins polluants (électricité, biomasse…)

Le gros des gains a lieu dans le secteur de la production d’énergie (-85% en 2050), secteur résidentiel (-57%), le transport des passagers (-58%). En revanche, décarboner le transport de fret et l’industrie semble plus difficile (+13% pour le premier, et seulement -14% pour la seconde).

Ce résultat n’est pas complètement dans les clous pour espérer rester sous les 2°C, mais « il est déjà très substantiel et en voie d’être en phase avec cet objectif », selon le rapport.

Selon Emmanuel Guérin, un nouveau tour de table va permettre d’homogénéiser les scénarios, dans la mesure où certains intègrent des technologies qui ne sont pas encore opérationnelles comme la capture et le stockage du carbone, et d’autres pas. Idem pour la voiture électrique que certains voient comme l’avenir de l’automobile, quand d’autres sont plus réticents.

« On va regarder les hypothèses que tout le monde a mis sur la table et se demander s’il n’y en a pas qu’on peut harmoniser, ce qui veut dire aller plus loin pour certains », explique M. Guérin.

Ban Ki-moon accueillera le 23 septembre à New York un sommet sur le climat pour donner un élan politique aux négociations internationales sous l’égide de l’ONU.

Le rapport définitif du DDPP sera remis courant 2015. Il prendra alors en compte l’aspect financier des actions à mettre en oeuvre à l’horizon 2050, ainsi que la question du financement.

© AFP

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