La pêche profonde: peu de chalutiers mais des espèces fragilisées

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Photo publiée par l’association Bloom le 16 septembre 2013 et montrant des fonds marins détruits par des filets traînants
© Association Bloom/AFP/Archives Claire Nouvian, David Shale

Paris (AFP) – La pêche en grande profondeur ne concerne qu’une douzaine de navires français mais fragilise des espèces menacées comme des requins profonds, ont alerté mardi des ONG en s’appuyant sur des données inédites publiées par les autorités françaises.

Ces nouvelles données mises en ligne par l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) révèlent « les contre-vérités des autorités françaises sur la pêche profonde et une position injustifiable de la France sur la réforme du règlement européen » sur ce type de pêche, estiment ces huit associations, dont Bloom, Greenpeace, le WWF et Oceana.

« Il apparaît que des espèces menacées d’extinction figurent parmi les prises accessoires les plus importantes des chalutiers français », soulignent-elles. Les requins profonds, comprenant une majorité d’espèces menacées d’extinction, représentaient en 2012 « près de 6% » des captures totales et « plus de 30% » des poissons rejetés morts à la mer, ont calculé les ONG sur la base des documents disponibles sur le site internet de l’Ifremer.

Selon les ONG, la France défend une « position éthiquement intenable » en « s’opposant à l’interdiction du chalutage profond en Europe ».

Selon les données sur le site de l’Ifremer, les captures en pêche profonde dans la zone ouest-Ecosse ont représenté en 2012 près de 4.000 tonnes au total, avec un taux de rejet de près de 20%. Sur les 99 espèces capturées, 12 représentent 90% des captures.

Parmi les rejets figurent quelque 65 tonnes de squale chagrin de l’Atlantique, classé en danger d’extinction dans cette zone, ou 40 tonnes de squale savate, considéré « vulnérable ».

Les ONG accusent les autorités françaises d’avoir surestimé l’importance économique de la pêche profonde pour défendre cette activité.

Au vu des documents de l’Ifremer, seuls 12 chalutiers français ont opéré en 2012 plus de 10% de leur temps à plus de 600 mètres de profondeur et seulement 10 navires ont opéré à plus de 800 m plus de 10% de leur temps.

En raison de la décision de la Scapêche (Intermarché), principal armateur français de pêche fraîche, de ne plus traîner ses filets en dessous de 800 mètres, une éventuelle interdiction du chalutage profond au delà de ce seuil concernerait donc « un seul navire français », basé à Boulogne-sur-mer, relèvent les ONG.

L’an dernier, la Commission européenne avait proposé l’interdiction du chalutage profond, consistant à tracter des filets sur des fonds situés entre 400 et 1.500 mètres, une technique qui, dénoncent les ONG, abîme les sols marins et capture beaucoup d’espèces ensuite rejetées.

Mais cette interdiction a été repoussée de justesse en décembre par les eurodéputés, qui se sont contentés d’encadrer ce type de pêche.

Frédéric Cuvillier, secrétaire d’Etat à la Pêche, avait brandi la menace d’une perte de près de 500 emplois, et les armateurs avaient parlé de  3.000 emplois directs et indirects.

Dans une lettre ouverte, les huit ONG demandent à la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, de « faire en sorte que la France soutienne explicitement l’interdiction du chalutage profond ».

D’ici le 15 juillet, les Etats de l’UE doivent confirmer leur position sur le sujet, rappellent les ONG, qui saluent toutefois la « volonté de transparence » de Mme Royal pour avoir « permis que (les) données soient enfin rendues publiques ».

© AFP

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