Le diesel au cœur du casse-tête de la pollution de l’air

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Si on veut agir à la fois sur les particules fines (PM 2.5) et les oxydes d’azote (NOx), deux polluants majeurs dans nos villes, « la principale cible, ce sont les véhicules diesel »
© AFP/Archives Charly Triballeau

Paris (AFP) – Des millions de Français respirent un air trop pollué. Au cœur du problème: les 12 millions de diesel les plus anciens, confirme l’Ademe, au moment où le gouvernement réfléchit à une « prime à la conversion » pour « verdir » le parc auto.

Si on veut agir à la fois sur les particules fines (PM 2.5) et les oxydes d’azote (NOx), deux polluants majeurs dans nos villes, « la principale cible, ce sont les véhicules diesel » et notamment ceux « non équipés de filtres à particules », soit les deux-tiers des 19 millions de voitures diesel, explique à l’AFP Gilles Aymoz, chef de la qualité de l’air à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Dans un nouvel « avis » présenté jeudi, l’Ademe confirme la responsabilité des « vieux » diesel dans l’émission de ces polluants néfastes pour les poumons de millions de Français et pour lesquels la France ne respecte pas les valeurs limites européennes.

A l’échelle nationale, le transport routier (particuliers, poids lourds et utilitaires) représente moins de 20% des émissions globales de particules fines mais ce secteur a un rôle autrement plus important en milieu urbain. A Paris, par exemple, 60% des émissions proviennent des pots d’échappement et d’abord de ceux des voitures diesel particulières.

Les oxydes d’azote, eux, proviennent pour plus de moitié du trafic routier. Et dans ces émissions liées à la route, 89% dont dues aux diesel (poids lourds pour 41%, particuliers pour 33% et utilitaires pour 15%).

« Le message est clair: il faut travailler prioritairement sur ce parc » des véhicules diesel anciens et « essayer de les remplacer par des solutions de mobilité moins polluantes », résume M. Aymoz.

« Mais la solution n’est pas unique », précise-t-il, estimant que la substitution passera par des voitures moins polluantes (électriques, hybrides) mais aussi des modes de déplacements différents (transports en commun, vélo).

Le constat n’est pas neuf, le diesel étant régulièrement pointé du doigt à chaque pic de pollution, mais le problème reste entier malgré les plans anti-particules successifs. Il faut dire que le sujet est sensible: le diesel équipe 62% du parc automobile et demeure une spécialité des constructeurs nationaux.

A l’issue du Grenelle de l’environnement, la précédente majorité souhaitait expérimenter des zones restreintes, interdites aux véhicules les plus polluants (Zapa), mais le projet a été abandonné en 2012 par la nouvelle majorité. Une réduction de l’avantage fiscal du diesel, réclamée par les écologistes, ne paraît pas non plus d’actualité.

La première mouture du projet de loi sur la transition énergétique, présentée la semaine dernière en conseil des ministres, prévoit toutefois quelques mesures sur l’air, comme le principe d’une « prime à la conversion » des véhicules les plus polluants par des véhicules propres en fonction « de critères sociaux et géographiques ».

A certaines conditions, comme habiter dans une zone où la qualité de l’air est mauvaise, cette prime pourrait s’ajouter au bonus existant pour l’achat de voitures électriques pour un montant total de 10.000 euros.

Sans reprendre l’appellation « Zapa », le texte prévoit aussi la possibilité, pour les agglomérations de plus de 100.000 habitants, de mettre en oeuvre des « zones à circulation restreinte », interdites aux véhicules les plus polluants. A la différence des Zapa, le ministère souhaite laisser l’initiative aux collectivités en « décentralisant la procédure ».

De telles « zones à faible émission » existent déjà dans 200 villes en Europe mais pas en France, même si la ville de Paris a des projets. Elles ont pourtant « démontré leur efficacité comme mesure pérenne » au niveau européen, estime l’Ademe.

Pour France Nature Environnement (FNE), le texte reste toutefois « très incomplet » sur la qualité de l’air.

« Remplacer les véhicules diesel anciens par des véhicules neufs, très bien, mais il faut repenser la mobilité dans son ensemble », estime Sophie Fleckenstein, spécialiste santé chez FNE. « Le diesel, ajoute-t-elle, il faut évidemment s’en préoccuper, mais on aimerait une approche beaucoup plus globale », incluant par exemple des mesures sur l’aviation ou les modes de chauffage, autre sources de particules.

© AFP

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