Australie: deux célèbres sites naturels menacés de déclassement par l’Unesco

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Unesco Australie

Image satellite de la Grande barrière de corail, qui s’étend sur 2000 km au large de la côte est australienne, le 6 août 2014
© NASA/AFP/Archives

Sydney (AFP) – Ile-continent entre l’océan Indien et le Pacifique, l’Australie est réputée pour sa nature, vaste et intacte. Mais l’Unesco pourrait retirer le label +patrimoine de l’humanité+ à deux des sites les plus célèbres, lors d’une réunion qui démarre dimanche.

Le pays, qui abrite 23 millions de personnes sur un territoire grand comme 14 fois la France, est bordé de plages infinies, avec en son centre un désert, et des forêts vierges tropicales (au nord) ou tempérées (en Tasmanie).

Plusieurs de ses paysages figurent sur la liste du patrimoine de l’humanité établie par l’Unesco: l’île Fraser, plus grande île de sable au monde, Shark Bay (côte ouest), les Tropiques du Queensland (nord), les Montagnes bleues (ouest de Sydney), le parc national de Kakadu (nord), le mont Uluru (ou Ayers rock, centre)…

Le plus célèbre est sans doute la Grande barrière de corail, une vaste étendue de 345.000 km2 le long de la côte orientale, qui constitue le plus vaste ensemble corallien du monde avec 3.000 « systèmes » récifaux et des centaines d’îles tropicales.

Depuis des années, la Barrière souffre du réchauffement climatique, de la prolifération d’une étoile de mer dévoreuse de coraux, des rejets massifs de nitrates et pesticides provenant des exploitations agricoles et du développement industriel sur la côte en raison du boom minier.

L’Unesco, qui tient sa réunion annuelle à Doha, a prévenu l’Australie qu’elle songeait à placer ce site sur la liste du patrimoine en danger.

Le ministre australien de l’Environnement, Greg Hunt, se défend en indiquant que son pays a investi des millions de dollars pour la protection de cette zone. Les autorités emportent à Doha une étude qui signale une nette amélioration de la qualité des eaux en juin 2013 par rapport à 2009.

Les rejets de pesticides ont été réduits de 28% sur tout le récif et ceux de nitrate de 16%, selon le ministre de l’Environnement de l’Etat du Queensland, Andrew Powell. Qui reconnaît cependant que la qualité reste « faible, ce qui est logique après des décennies de catastrophes naturelles et de pratiques agricoles » polluantes.

Cette étude n’observe que la qualité de l’eau et n’aborde pas le développements de ports dédiés à l’exportation de minerais, un facteur clé dans le déclin de la Grande barrière selon les défenseurs de l’environnement.

Les écologistes se sont par exemple alarmés du feu vert donné en décembre par le gouvernement à une importante extension d’un port d’exportation de charbon. Ils dénoncent également l’autorisation par le directoire du parc marin de la Grande barrière de corail (GBRMPA) du rejet de déchets de dragage dans les eaux du parc.

Autre site naturel australien menacé selon les protecteurs de la nature, la forêt tempérée qui couvre quelque 20% de l’île de Tasmanie (sud), soit 1,4 million d’hectares.

Le Premier ministre conservateur, Tony Abbott, a indiqué début mars, devant les représentants de la filière bois, que le pays comptait beaucoup trop de forêts protégées. Il réclame le retrait de 74.000 hectares de la forêt de Tasmanie du classement patrimoine de l’humanité. Une première de la part d’un pays riche et développé.

Cette décision a semé la consternation car elle intervient après la conclusion d’un accord entre défenseurs de la nature, l’industrie du bois et les syndicats, qui avait mis un terme à trente années d’affrontements sur le sujet.

L’accord, signé il y a deux ans, protège la forêt vierge tempérée de la Tasmanie et garantit l’approvisionnement en bois de la filière sylvicole, qui peut ainsi se prévaloir d’un label développement durable.

« Abattre les forêts du patrimoine mondial est aussi irresponsable qu’utiliser le Grand canyon comme décharge, transformer l’opéra de Sydney en bloc d’appartements ou vendre la Tour Eiffel à la ferraille », se désole Vica Baylay, porte-parole de la Wilderness Society (société pour la nature).

© AFP

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