L’expédition dans l’Atlantique Nord a touché « le continent de plastique »

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continent de plastiques

Patrick Deixonne, initiateur d’une expédition scientifique française vers le « continent de plastique » dans l’Atlantique Nord , photographié le 13 avril 2012 à Cayenne
© AFP/Archives Jody Amiet

Paris (AFP) – De tout petits morceaux désagrégés de plastique en quantité tellement importante « qu’on pouvait les ramasser à la main » et une superficie de pollution pouvant représenter « deux fois la France » : c’est ce qu’a rencontré l’expédition scientifique française vers le « continent de plastique » dans l’Atlantique Nord.

« On est tombé sur des zones à fortes concentrations de microparticules de plastique », a raconté mercredi à l’AFP l’initiateur du projet, Patrick Deixonne, au retour de l’expédition.

Celui-ci avait déjà mené une expédition similaire l’année dernière dans le Pacifique. Cette fois, la mission de trois semaines lancée début mai dans l’Atlantique Nord sur un catamaran de 18 mètres, à partir de la Martinique, a bénéficié du concours du centre français d’analyses et de prévisions océaniques Mercator Océan.

« Cela nous a permis d’être routés assez précisément sur ces zones à fortes concentrations de plastique, impressionnantes par la quantité de micro-plastique qu’on a trouvée sur place », a expliqué Patrick Deixonne.

« Il y a deux sortes de déchets », a-t-il rapporté : d’abord les macro-déchets (bouteilles, bidons, etc…) qui flottent sur l’eau à l’approche du gyre, un gigantesque tourbillon formé d’un ensemble de courants marins. « Ce sont des déchets éparpillés, mais si on prenait le temps de les ramasser, on remplirait le bateau en une journée ».

Et puis il y a « la partie immergée de l’iceberg », ces microparticules, dont la taille peut aller de celle d’un ongle à celle de nano-particules seulement visibles au microscope. Elles sont normalement capturées à l’aide d’un filet spécial pour en mesurer la concentration dans l’eau.

« On a fait le maximum de prélèvements avec l’équipe scientifique, qui vont maintenant être étudiés en laboratoire », a-t-il précisé.

« J’ai collecté des échantillons de plastique, d’eau de mer, des algues, et je vais analyser ça maintenant », a indiqué de son côté Alexandra Ter Halle, chargée de recherche au CNRS, qui faisait partie de l’équipe de neuf personnes à bord du catamaran.

Chimiste, la scientifique va s’intéresser à la capacité qu’ont les plastiques d’accumuler des composés comme des polluants organiques persistants ou des métaux lourds. L’objectif de ses analyses sera de déterminer « dans quelle mesure ils ont transporté et relargué ces polluants dans l’environnement marin ».

Des biologistes analyseront de leur côté les organismes microscopiques qui se développent aussi sur ces plastiques et « qui ne sont pas du tout naturels au milieu marin ». L’analyse génétique de ces communautés microbiennes permettra d’évaluer leur impact sur le milieu marin.

Des analyses pointues qui vont prendre du temps.

« On a rencontré une zone particulièrement polluée, avec des concentrations importantes de ces particules de plastique, ça c’est le premier témoignage que je peux faire », a souligné la chimiste.

Les scientifiques vont également s’efforcer, grâce à la collaboration des agences spatiales française (CNES) et européenne (ESA), d’évaluer précisément la superficie de cette pollution.

« On parle de deux fois la France, mais ce sont des chiffres informels. On espère aussi répondre à cette question », a indiqué Patrick Deixonne.

Des millions de tonnes de déchets venus des côtes et des fleuves flottent dans les cinq principaux gyres répartis dans tous les océans, la force centripète aspirant lentement les détritus vers le centre. Pour bien montrer leur importance, même si ces zones ressemblent davantage à une « soupe » qu’à une surface tangible, on leur a donné le surnom de « 7e continent ».

Patrick Deixonne a lancé le projet « 7e continent » après avoir pris la mesure de cette pollution lors d’une course en solitaire en aviron en 2009.

Son équipe prévoit d’aller à la rencontre l’an prochain du gyre de l’Atlantique Sud. Alexandra Ter Halle compte bien être du voyage.

© AFP

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