Au cœur de l’Auvergne, le dernier labo de recherche français sur les OGM

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Un chercheur de Limagrain à Chappes, dans le centre de la France, le 20 mai 2014 © AFP Sandra Laffont

Un chercheur de Limagrain à Chappes, dans le centre de la France, le 20 mai 2014
© AFP Sandra Laffont

Chappes (France) (AFP) – Pour entrer, il faut blouse et sur-chaussures. Un sas sépare ensuite le bâtiment des serres rendues totalement hermétiques pour éviter toute dissémination dans la nature. Bienvenue à Chappes, le dernier laboratoire de recherche sur les OGM en France.

Limagrain est connu pour ses goûters Savane de Brossard. Et pourtant la coopérative auvergnate est aussi et surtout le 4e semencier du monde avec sa branche Vilmorin, derrière les américains Monsanto, Dupont Pioneer et le suisse Syngenta.

Le groupe français ne cache pas que les OGM sont une de ses « valeurs ». Et brandit l’argument classique des pro-OGM: la production agricole doit progresser de 70% pour nourrir 9 milliards d’habitants d’ici à 2050.

Et il a lui en a fallu de la « persévérance » pour continuer à travailler sur des biotechnologies bannies en France, et dont la culture est toujours très limitée en Europe, raconte Rémi Bastien, directeur général de Limagrain Europe.

Mais, justifie-t-il, un groupe à vocation internationale ne peut pas passer à côté de cette technologie qui pèse 175 millions d’hectares dans le monde, et cela d’autant moins que la France est le premier exportateur de semences au monde.

C’est donc à Chappes (Puy-de-Dôme), sur un ancien site Michelin, que se trouve le principal laboratoire de Biogemma en France, spécialisé dans la recherche sur les OGM. Limagrain en est le principal actionnaire aux côtés d’autres entreprises françaises issues du monde agricole: la coopérative Euralis (maïs, foie gras ), RAGT, Sofiproteol (huile Lesieur) et Unigrains.

– Destruction à la vapeur –

Ici sont testés 10.000 plants par an, en maïs essentiellement. L’air, l’eau, les végétaux, les déchets: rien n’est rejeté dans la nature sans avoir au préalable subi un traitement de choc pour éviter toute dissémination.

« Les plantes sont détruites sous une cloche de vapeur », explique le chercheur Jacques Rouster. Et « les évaluations agronomiques en plein champ sont réalisées aux États-Unis », s’empresse-t-il d’ajouter.

C’est à l’occasion d’un très rare voyage de presse organisé par Limagrain que les équipes ont montré, rapidement, ce laboratoire à une poignée de journalistes, les autorisant sans problème à prendre des photos.

Il s’agit pourtant d’un lieu totalement unique puisque c’est le dernier laboratoire de recherche privée sur les OGM du pays, ce qu’a confirmé l’inter-profession des semenciers (Gnis) à l’AFP.

Il s’agit même du dernier laboratoire hexagonal de recherche en OGM tout court, puisque l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) a arrêté l’an dernier son dernier programme de recherche en plein champ sur des peupliers transgéniques.

A ce jour, et depuis son inauguration en 2012, Limagrain n’a recensé aucune tentative d’intrusion d’anti-OGM sur son site. Le groupe, comme les chercheurs d’organismes publics, ne cache pas cependant son inquiétude après la relaxe la semaine dernière de 54 faucheurs qui ont détruit une parcelle de vigne transgénique expérimentale de l’Inra à Colmar en 2010.

– Du maïs aux gènes de cactus –

A Chappes, les équipes planchent sur des OGM résistants aux maladies et aux ravageurs mais aussi sur des OGM adaptés à des situations de sécheresse.

Limagrain, qui consacre 13% de son chiffre d’affaires à la recherche (188 millions d’euros par an), voudrait aussi développer d’ici cinq ans un maïs non OGM résistant aussi au stress hydrique sélectionné par génotypage. Le génotypage, utilisé en élevage également,  permet d’isoler certaines caractéristiques d’une variété à partir de sa carte d’identité génétique.

« Les deux approches sont complémentaires parce qu’un OGM répond à une question, la tolérance à la sécheresse par exemple avec un maïs porteur, imaginons, d’un gène de cactus qui lui permettrait de pousser dans le désert. Par génotypage, on va pouvoir travailler sur plusieurs critères: sa résistance au stress hydrique mais également son niveau de rendement », explique Roland Debeuf, directeur de recherche sur le maïs en Europe.

Un jour, la recherche pourra certainement « inclure différents gènes complémentaires » sur une plante transgénique mais « on en est encore assez loin ». Le génotypage a donc de beaux jours devant lui, surtout dans nos contrées où les OGM n’ont pas droit de pousser.

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