Municipales : « zero phyto, 100% bio » objectif des communes exemplaires

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FRANCE, Montélimar : Des élèves mangent leurs repas bio. ® Fred Dufour / AFP Photo

FRANCE, Montélimar : Des élèves mangent leurs repas bio. ® Fred Dufour / AFP Photo

Plusieurs associations veulent inciter les communes à réduire l’usage des pesticides et à instaurer le bio dans la restauration collective tout en encourageant les candidats des municipales à s’engager. Elles  ont lancé la campagne « 0 phyto, 100% bio » et publieront 1er avril des cartes représentant l’engagement des communes sur ces deux aspects.

Plus de 8 millions de repas  par jour sont servis en restauration collective, dont plus d’un tiers en restauration scolaire. Pour cette raison, les collectivités jouent un rôle fondamental dans le développement de l’alimentation issue d’agriculture biologique. De même, en tant que gestionnaires des espaces verts, les communes peuvent participer à la réduction de l’usage des pesticides et influencer les pratiques des habitants qui pratiquent le jardinage.

Le Grenelle de l’environnement a fixé, en 2007, des objectifs de réduction de l’usage des pesticides et de développement de l’agriculture biologique : Réduire l’usage des pesticides de 50% à l’horizon 2018, introduire les produits biologiques dans la restauration collective publique à hauteur de 20% et porter les surfaces cultivées en bio à 6% de la surface agricole utile d’ici 2012. Mais ces objectifs sont loin d’être atteints. « L’agriculture biologique représente toujours moins de 4% de la surface agricole utile et à peine 3% des repas servis en restauration collective publique. Quant aux pesticides, leur usage stagne et représente encore près de 65 000 tonnes chaque année dans les champs », regrettent plusieurs associations environnementales qui ont donc lancé une campagne baptisée « zéro Phyto, 100% Bio ».

Le calendrier de cette campagne, lancée par les associations Agir pour l’environnement, AirParif, Générations futures, Bio Consom’acteurs et les collectifs citoyens Les Engraineurs, colle à celui de la campagne municipale : l’objectif est de valoriser les communes déjà engagées dans des démarches de réduction des pesticides et de promotion du bio, ainsi qu’à inciter les candidats à s’engager sur ces questions.

Une loi a certes été adoptée en janvier pour interdire l’usage des pesticides dans certains espaces publics, surtout les parcs, d’ici 2020. Elle vise également à stopper la vente de ces produits pour les particuliers d’ici à 2022. « C’est très bien mais ce n’est pas suffisantSi on lance cette campagne c’est parce qu’on juge que 2020 c’est loin et qu’on peut s’engager dans des délais plus courts », juge Charlotte Gondouin, de Bio Consom’acteurs.

Carte de France des « communes  bio » et des « communes sans pesticides »

Des centaines de communes bio et des communes sans pesticides ont ainsi été recensées depuis le 16 janvier par l’intermédiaire d’un questionnaire simple dans le but de réaliser une carte de France des « villes et villages bio » et des « villes et villages sans pesticides ». Ces cartes, représentant les communes par une couleur différente en fonction de leur degré d’engagement, seront révélées le 1er avril. Leur publication a lieu juste après les élections municipales. Une manière de valoriser les bonnes pratiques des maires sortants et d’encourager les suivants.

Pour impliquer les citoyens et les élus dans cette campagne, un « kit citoyen »  téléchargeable sur internet fournit des conseils de bonnes pratiques et des arguments en faveur du développement de l’agriculture biologique. Il donne également des exemples de villes pionnières dans ces démarches.

Des exemples de villes pionnières

La ville de Saint-Etienne est ainsi passé au « zéro phyto » en 2007 sur ses espaces verts (abords de voiries, parcs, squares et jardins).  La suppression de l’usage des pesticides s’accompagne d’une gestion différenciée des espaces verts. « On a mis en place des zones à tolérances différentes de mauvaises herbes, avec 4 stades allant d’une tolérance 0 en plein centre ville jusqu’à 40 centimètres en zone périurbaine, témoigne Sophie Le Coz, du service Espaces verts et Propreté de la ville de Saint-Etienne. Des techniques alternatives plus douces sont mises en place pour supprimer les « herbes folles ». La ville d’Angers s’est ainsi mise au désherbage à l’eau chaude, au désherbage thermique, mécanique ou manuel  et à l’engazonnement de certaines aires minérales.

Les communes reconnaissent que cette modification dans la gestion des espaces verts ne s’est pas réalisée sans quelques difficultés. Fabien Schoch, du service des Espaces verts de la ville d’Illkirch-Graffenstaden, témoigne : « Quand on est passés au 0 phyto complet en 2008, c’était très compliqué de faire accepter le changement aux habitants. Il a fallu expliquer pourquoi on mettait de la prairie, pourquoi par endroits on laissait des tas de branches ou des touffes d’herbes… Mais à force de communiquer, les habitants ont accepté et changé de regard. Maintenant cela leur plait et ils s’y intéressent. »

La conversion au « zéro phyto » s’avère particulièrement compliquée dans certains espaces à contraintes : « Les cimetières demeurent le dernier espace où les habitants ne tolèrent pas les touffes d’herbe » , poursuit Fabien Schoch. Mais c’est possible, comme le montre l’exemple d’Angers, où les 24 hectares de cimetières sont entretenus au « zéro phyto » complet depuis plus d’un an, notamment grâce à « un enherbement du cimetière par des espèces d’herbe à pousse lente, résistantes au piétinement et à la sécheresse et à du désherbage manuel entre les tombes », explique Marc Houdon, responsable des activités funéraires de la ville d’Angers.  Il concède que « le 0 phyto s’accompagne d’un surcoût lié à un temps d’entretien plus important, mais que cette modification des pratiques a créé des espaces plus apaisants. »

Quant au bio en restauration collective, certaines villes nourrissent déjà les écoliers de leur commune avec de la nourriture issue intégralement d’agriculture biologique. C’est le cas de la commune de Mouans-Sartoux où une régie agricole de 4 hectares, située à 2 kilomètres des écoles, permet de leur fournir 60% de leurs légumes. Le prix reste le principal frein souvent évoqué : « Il y a un surcoût mais il n’est pas énorme », témoigne Bruno Gros, responsable communication de la commune de Mouans-Sartoux. Mais ce surcoût s’avère plus important pour des villes de tailles plus importantes, qui rencontrent en outre des difficultés à s’approvisionner uniquement de nourriture bio. A Nantes par exemple, où 13 000 repas sont servis par jour en moyenne « La part de bio représente environ 12% des achats, témoigne Catherine Piau, adjointe au maire de la ville de Nantes. Passer au bio est un travail minutieux, nous travaillons sur la structuration des filières pour augmenter cette part d’années en années mais nous ne parvenons pas encore à être toujours fournis. On a donc introduit d’autres paramètres importants : proscription des OGM, 50% de produits frais…»

On le voit, la tâche est immense. Les organisateurs de la campagne « 0 phyto, 100% bio » n’ont pas l’intention de s’arrêter aux élections municipales. Ils prévoient une prochaine étape en juin 2014, lors du Printemps bio, avec une labellisation des collectivités qui ont une réelle politique progressiste sur la question des pesticides et de l’agriculture biologique.

Hélène GÉLOT

Article publié le 20 mars et modifié le 27 mars suite à la décision des ONG organisatrices de publier les cartes  après les élections municipales

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