Le bio-plastique, débouché high-tech et écolo pour les agriculteurs

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Des épis de maïs
© AFP/Archives Paul J. Richards

Paris (AFP) – Du maïs et du blé pour fabriquer des sacs de supermarchés biodégradables mais aussi des capsules de café ou des ficelles de parachutes: les bioplastiques prennent pied dans l’agriculture française, offrant un débouché high-tech aux producteurs.

Fabriqué grâce à l’amidon contenu dans le maïs, le blé et les pommes de terre, le bioplastique peut prendre des formes aussi variées que son cousin fabriqué avec du pétrole, avec l’avantage de pouvoir disparaître totalement dans la nature une fois utilisé, et de servir de compost.

« Ce qu’on peut trouver dans le végétal est une mine d’or. Et cela met un peu de piment dans le métier d’agriculteur », se réjouit Arnaud Rondeau, qui dédie depuis l’an dernier 30 hectares de maïs au bio-plastique, sur les 80 qu’il cultive entre l’Yonne et le Loiret.

Les applications peuvent être carrément futuristes, comme cette imprimante 3D présentée au Salon de l’Agriculture, qui fabrique de mini-tracteurs de la taille d’un jouet grâce à un fil de bio-plastique en fusion, produit à base de maïs.

Si elle reste encore un marché « émergent » pour l’agriculture, « la production de bio-plastique a sensiblement augmenté au cours des dix dernières années », explique Olivia Ruch, directrice de l’association de promotion des céréales Passion Céréales.

Entre 50 et 80.000 tonnes de céréales ont servi à la fabrication de bio-plastique en 2012, contre 10.000 il y a dix ans, selon elle.

Les agriculteurs concernés vivent souvent autour des grandes usines d’amidonnerie, dans le Nord, en Auvergne, ou bien dans le Sud, où pousse le maïs qui représente les trois quarts des céréales utilisées pour le bioplastique.

Ce nouveau débouché leur permet de se diversifier.

« Quand on récolte du maïs partout dans le monde et que personne n’attend le maïs français, on n’a pas intérêt à aller chercher les clients trop loin », assure Arnaud Rondeau, qui « s’y retrouve sur le prix ».

La tonne de maïs destinée à l’industrie du bio-plastique lui est achetée environ 10 euros plus cher que le prix du marché.

Mais pas question pour lui d’abandonner ses clients traditionnels. « La fabrication d’aliments pour bétail est notre premier marché et on n’a pas le droit de s’en détourner. C’est une question de responsabilité et de bon sens », souligne l’agriculteur.

Le volume de céréales destiné aux bio-plastiques reste d’ailleurs pour l’instant une goutte d’eau par rapport aux 63 millions de tonnes produites dans l’Hexagone en 2012.

« On ne prend pas beaucoup de surface, il nous faut 100 hectares de céréales par an pour nos capsules », assure Vincent Pluquet, fondateur de Végéplast qui fabrique des capsules de machine à café dans la région toulousaine. Ainsi que des os à ronger pour chiens, des bougies votives pour la grotte de Lourdes et des liens de parachutes pour l’armée.

Si des recherches sont menées pour faire du bio-plastique avec des algues, du bois ou des déchets organiques, les céréales sont pour l’heure avantagées car elles sont « ce qu’on sait le mieux transformer, et les plus faciles à collecter et stocker » grâce à la logistique existante, souligne Olivia Ruch.

D’autant « qu’il n’y a pas de filière organisée de récupération des déchets organiques » qui pourraient faire du plastique, regrette M. Pluquet.

Environ « 2/3 de l’amidon européen est d’origine française, il y a donc une grande opportunité pour l’agriculture française », estime Christophe Doukhi-de Boissoudy, président du Club Bio-plastiques, qui chapeaute la filière.

En outre, « la France est le pays européen qui regroupe le plus d’acteurs de la filière »: agriculteurs, industriels de l’amidon et producteurs de résine, explique-t-il.

Le chiffre d’affaires du secteur reste pour l’instant modeste, avec 24 millions d’euros par an. Pour se développer, la filière attend avec impatience un décret qui permettrait de taxer les sacs plastique non bio-dégradables, à hauteur de 10 euros le kg.

© AFP

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