La Bulgarie, pays le plus pauvre et le plus pollué d’Europe

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Une femme passe devant une centrale thermique à Pernik, Bulgarie, le 28 janvier 2014
© AFP Dimitar Dilkoff

Pernik (Bulgarie) (AFP) – « On étouffe, surtout les soirées d’hiver, la plupart des habitants brûlent du charbon, mais aussi des pneus et des bouteilles en plastique » pour se chauffer, soupire Kalina Hristova, une vendeuse de 32 ans à Pernik, à l’ouest de la Bulgarie.

Cette ville industrielle de 80.000 habitants située à 30 km de Sofia a remporté la « palme » de la ville la plus polluée de l’Union européenne dans le dernier classement effectué par l’Agence européenne de l’Environnement (EEA).

Les normes écologiques de l’UE y sont dépassées la moitié de l’année, avait souligné l’agence en octobre. Pour comparaison, ces normes ne devraient être dépassées que 35 jours par an, et le sont 15 jours à Paris et 29 jours en Belgique, selon l’EAA.

La pollution est mesurée par la concentration de particules fines, ressemblant à la poussière, émis par la combustion (voitures, chauffage, usines etc..). Ces particules aggravent les maladies cardiovasculaires et pulmonaires, ont un effet néfaste sur le système nerveux et reproductif et peuvent causer des cancers ou une mort prématurée, a mis en garde l’EEA.

Les habitudes décrites par la jeune femme se retrouvent un peu partout en Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union européenne. Quatre des cinq villes de l’UE les plus polluées pour 2011 sont bulgares, selon les dernières données comparatives de l’EEA. La ville polonaise de Cracovie tient le troisième rang.

Classée 11e, Sofia est la capitale la plus polluée d’Europe, loin devant Bucarest (57e) ou encore Ljubljana (75e).

Après la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Grèce et le Portugal tiennent la tête du classement européen de pollution urbaine, selon l’EEA.

Le chauffage au charbon ou au bois utilisés par les plus pauvres constitue la principale cause de pollution (58%) en Bulgarie, selon l’Agence de l’Environnement du pays.

Vratsa, ville de 70.000 habitants de la région très pauvre du nord-ouest, dispose d’un système de chauffage central et d’un réseau gazier. Mais il est trop cher pour l’écrasante majorité de la population.

« A peine 250 ménages se sont raccordés au réseau de gaz, car il faut dépenser de l’argent pour des équipements et appareils électroménagers adaptés », explique à l’AFP Dimitar Dimitrov, un responsable chargé de la supervision du réseau.

Se chauffer au bois revient moins cher. « Nous avons arrêté le chauffage central de notre appartement et brûlons du bois que nous entreposons sur notre balcon », témoigne Evdokia Slavova, une enseignante à la retraite.

Des Roms, majoritairement au chômage, n’hésitent pas à régulièrement risquer leur vie pour se procurer du charbon, en pénétrant dans des mines fermées.

L’entreprise chimique qui « empoisonnait » Vratsa, située au pied des Balkans, est fermée depuis la fin du communisme. Mais sa mort a plongé la ville dans le chômage et la pauvreté. « Maintenant nous empoisonnons l’air nous-mêmes », constate Evdokia.

Mais le chauffage des particuliers n’est pas le seul fléau pour l’air du pays.

Greenpeace Bulgaria montre aussi du doigt les centrales thermiques, qui fournissent 43% de l’énergie du pays. Selon l’ONG, 2.000 décès précoces sont liés chaque année à une trop forte concentration de particules et de dioxyde de soufre, issus notamment de ces centrales.

La Bulgarie est première en Europe, par les taux d’oxyde de carbone et de dioxyde de souffre issus de l’industrie et du trafic automobile, relève Ivaylo Popov de l’ONG For the Earth.

Entourée de montagnes, Sofia est régulièrement noyée dans un épais smog. Dans la capitale, la pollution est essentiellement liée au parc automobile vétuste et à une mauvaise gestion du trafic.

Sur 250.000 voitures achetées en 2013, à peine 20.000 sont neuves, selon Lubomir Dorossiev, président de l’association des vendeurs d’automobiles d’occasion.

A Sofia et dans la ville proche de Doupnitsa (sud-ouest) se tiennent régulièrement de grands marchés de voitures d’occasion, dont certaines partent au prix de 1.500-2.000 euros.

« Nous sommes devenus le cimetière automobile de l’Europe depuis que le catalyseur est obligatoire dans les pays développés. Et sous prétexte de ménager les pauvres, les autorités n’encouragent pas l’achat de voitures neuves », témoigne Krastio Peev, un garagiste de Sofia.

La capitale souffre aussi d’embouteillages chroniques. « A chaque carrefour, un feu rouge vous arrête. Les conducteurs attendent, leur moteur allumé, sans penser qu’ils respireront cet air », s’indigne Gueorgui Koudev, un chauffeur de taxi.

Les rues de Sofia sont rarement lavées, même en centre-ville. Et dans les quartiers périphériques, les habitants n’ont la chance de voir des rues propres qu’à l’approche d’élections municipales.

© AFP

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