Géothermie: le grand retour des forages en banlieue parisienne

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forages en banlieue parisienne

Plateforme de forage géothermique à Arcueil, au sud de Paris
© AFP Marc Préel

Arcueil (France) (AFP) – Une rue banale de banlieue parisienne, son école, ses pavillons… et sa plateforme de forage: à Arcueil (Val-de-Marne), à un kilomètre à peine du « périph », on creuse actuellement un des premiers projets géothermiques depuis les années 80.

Le principe? A 1.600 mètres de fond, on pompe via un premier puits « de production » une eau chaude (environ 60 degrés ici) présente dans les profondeurs, on capte sa chaleur pour faire monter en température l’eau d’un réseau de chauffage urbain, et on la réinjecte dans un autre puits « d’injection », à sa profondeur initiale.

« On part du même endroit, mais il faut imaginer que le puits d’injection arrive sous la porte d’Orléans, tandis que le puits de production est au niveau du Kremlin-Bicêtre et qu’il y a 1.500 mètres entre les deux », explique à l’AFP Nicolas Monneyron, responsable de la géothermie chez Cofely Réseaux, la filiale de GDF Suez en charge du chantier « Argeo ».

A terme, le projet fournira en 2015 une énergie largement renouvelable et non émettrice de gaz à effet de serre à l’équivalent de 10.000 logements d’Arcueil et de la commune voisine de Gentilly.

Couplé à du gaz et des pompes à chaleur (35% gaz, 5% électricité, 60% géothermie), le réseau permettra de réduire chaque année les émissions de CO2 correspondant à la consommation moyenne de 8.000 voitures.

En banlieue parisienne mais aussi ailleurs dans l’Hexagone, l’exploitation de la chaleur des sous-sols fait un retour remarqué.

Après un premier développement à la suite des chocs pétroliers, la géothermie avait connu une longue traversée du désert dans les années 80 et 90. Aujourd’hui, la compétitivité est de retour, du fait de l’envolée des prix du gaz et du fioul.

Même s’il le devra en partie à une TVA réduite (10%), le futur client d’Argeo paiera environ 3% de moins que son prix actuel, selon Cofely.

« C’est la première création d’un nouveau réseau de géothermie depuis presque 30 ans », souligne Myriam Vailleau, du Sipperec, le syndicat intercommunal francilien qui a commandé le projet.

Outre le forage, au bord de l’autoroute A6, il faudra construire un réseau souterrain d’environ 15 kilomètres de canalisations qui desservira en eau chaude les clients du projet, essentiellement des immeubles d’habitation.

Une dizaine d’ingénieurs et de techniciens s’activent pour terminer le second puits d’Argeo, au pied du « rig » de forage, le même qu’on utiliserait pour trouver du pétrole.

Cofely va commencer à forer en novembre un autre projet à Rosny-sous-Bois et Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), tout comme son concurrent Dalkia à Bagneux (Hauts-de-Seine). Ces projets devraient voir le jour en 2016.

Le Sipperec mène pour sa part un  projet qui desservira Grigny et Viry-Châtillon (Essonne)

Par ailleurs, le gouvernement a attribué depuis l’an dernier plusieurs permis de prospection en Alsace, dans le Bassin Aquitain et dans le Massif central essentiellement.

Mais dans un pays électrisé par le dossier des gaz de schiste, la moindre plateforme de forage nécessite beaucoup d’explications.

« Quand ils voient ça, les gens se disent +ce n’est pas possible, ils cherchent du pétrole+ », plaisante Frédéric Martin, le patron du pôle des réseaux de chaleur et de froid chez GDF Suez.

Pas question de fracturation hydraulique à Arcueil, jure Nicolas Monneyron. « Pour fracturer une roche, vous avez besoin de plusieurs centaines de bars de pression. Pour réinjecter l’eau dans la nappe en profondeur, on injecte à environ 25 bars, on n’est pas du tout dans les mêmes ordres de grandeur », souligne l’ingénieur.

En revanche, on a bien recours ici à une « stimulation chimique » consistant à injecter de l’acide chlorhydrique pour dissoudre le calcaire et augmenter de quelques centimètres l’espace de pompage. Le tout est repompé à la surface.

Seuls les forages de géothermie à haute température (plus de 150 degrés) peuvent éventuellement avoir intérêt à une fracturation semblable à celle pratiquée par les pétroliers. Mais ils peuvent se contenter de roches naturellement fracturées, sans usage de la haute pression, selon les experts.

© AFP

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