La fourrure de retour sur les podiums au grand dam des défenseurs des animaux

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Un renard polaire dans un éleveage de fourrure en Finland en 2013
© FOUR PAWS/AFP Yvonne Nottebrock

Oslo (AFP) – De retour en force sur les podiums des grandes capitales de la mode, la fourrure alimente une industrie florissante en Europe du Nord au grand dam des ONG inquiètes pour le bien-être animal.

« Plutôt à poil qu’en fourrure ». Avec sa brochette impressionnante de supermodèles dénudés comme Claudia Schiffer, Cindy Crawford ou encore Naomi Campbell, la campagne de l’association Peta avait contribué à rendre la fourrure politiquement incorrecte dans les années 1990.

Deux décennies plus tard, peaux de vison et de renard sont omniprésentes dans les défilés de mode. Selon www.fashionista.com, 70% des designers en ont utilisé dans leurs collections d’hiver l’an dernier, tendance qui semble se confirmer aux fashion weeks cette année.

Un retour en grâce difficile à expliquer mais qui, selon les professionnels, pourrait être une conséquence de la crise de 2008.

« Quand l’économie périclite, les décideurs politiques ont tendance à se concentrer sur les fondamentaux: comment relancer la croissance? Comment protéger l’emploi? Comment lever les entraves politiques qui pèsent sur l’économie? », fait valoir Bo Manderup, chef du lobby européen Fur Europe.

« Le luxe du politiquement correct pourrait bien s’être évaporé avec la crise », avance-t-il.

En dix ans, la production mondiale de vison a doublé pour atteindre 66 millions de peaux l’an dernier, selon la maison d’enchères finlandaise Saga Furs.

Malgré la montée des producteurs chinois, l’Europe reste le premier producteur, Danemark en tête: les 1.400 élevages danois ont exporté pour 13 milliards de couronnes (1,7 milliard d’euros) de peaux de vison l’an dernier, ce qui en fait son principal produit d’exportation vers la Chine où les peaux sont travaillées et, pour une partie d’entre elles, commercialisées.

Soumise aux recommandations du Conseil de l’Europe qui fixent notamment la superficie minimale des cages à 0,8 m2 pour le renard et 0,255 m2 pour le vison, l’industrie a créé des labels censés garantir l’origine des animaux et leur bien-être.

Une vaine tentative d' »écoblanchiment » aux yeux de l’association autrichienne Vier Pfoten (Quatre Pattes) qui vient de diffuser des images tournées selon elle dans un élevage de Finlande, pays qui détient la palme européenne de la peau de renard.

Cet élevage a beau se prévaloir du label « Saga Furs », censé être synonyme de « pratiques responsables », les conditions y relèvent de la « torture » aux yeux de l’association.

On y voit des renards obèses par manque d’activité physique, d’autres privés de queue –possible signe de cannibalisme– ou vivant au-dessus de piles d’excréments insupportables pour ces canidés à l’odorat extrêmement sensible.

« Cela prouve qu’il n’y a pas d’élevage d’animaux de fourrure respectueux des bêtes », estime Thomas Pietsch, expert en animaux sauvages auprès de Vier Pfoten.

Au-delà du seul bien-être, les militants de la cause animale estiment qu’élever et tuer des bêtes, généralement au gaz carbonique pour les visons et par électrocution anale pour les renards, n’est pas éthiquement justifiable en 2014.

« Certain mangent de la viande, d’autres pas. Je respecte ce choix mais c’est un choix personnel, pas sociétal. Idem pour la fourrure: certains aiment, d’autres pas », rétorque le lobbyiste Bo Manderup.

« Franchement, peu importe à l’animal qu’il finisse dans une assiette ou en vêtement », souligne-t-il.

Grâce à des innovations techniques et au marketing, la fourrure a dépoussiéré son image. Exit le long manteau brun pour vieilles dames nanties, l’heure est aux garnitures vestimentaires –cols, capuches, ceintures… — à poils branchées.

En Russie et en Chine, principaux foyers de croissance, elle est devenue un signe extérieur de richesse comme la grosse berline allemande et la maroquinerie de marque.

Résultat: le prix du vison a considérablement augmenté ces dernières années, suscitant des vocations.

Pour la première fois depuis 20 ans, la Suède voit des élevages démarrer, jeunes agronomes appâtés par des marges généreuses ou fermiers traditionnels en quête de revenus supplémentaires.

Mais le renchérissement du vison a stimulé l’offre à tel point qu’elle est devenue excédentaire.

Combiné à un hiver clément en Chine, cette surabondance a provoqué un plongeon de 26% des prix en décembre, selon la maison d’enchères spécialisée danoise, Kopenhagen Fur, la plus grosse au monde, qui fait aussi état de 80% d’invendus.

Les professionnels disent aujourd’hui tabler sur un rééquilibrage avec des prix sensiblement inférieurs aux records passés mais encore intéressants.

Quant aux opposants, ils ne désarment pas.

Leurs actions peuvent prendre un tour violent comme en Suède où les élevages sont la cible de raids et les exploitants parfois physiquement agressés.

Radicaux, ces militants « tracent un parallèle avec les camps de concentration », analyse Kerstin Jacobsson, professeure de sociologie à l’Université suédoise de Göteborg.

« Ils peinent à comprendre que la société dans son ensemble reste aveugle à ces souffrances », dit-elle.

Plus pacifiquement, certains pays choisissent d’interdire l’élevage d’animaux de fourrure.

C’est le cas des Pays-Bas, troisième producteur mondial de vison, qui bannira totalement cette pratique à compter de 2024. Un « sale coup », admet-on du côté des professionnels.

Acteur aussi très significatif avec respectivement 1 et 4% de la production de peau de vison et de renard, la Norvège s’est donnée jusqu’à la fin 2014 pour réfléchir au démantèlement contrôlé de son industrie ou à son développement durable.

Mais sur les catwalks, c’est en fourrure et non « à poil » que les mannequins défilent aujourd’hui.

© AFP

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