A Nice, les premiers pas des réseaux électriques « intelligents »

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Le contrôle du réseau électrique, dans les locaux de RTE (Réseau de transport d’électricité), à Saint-Denis le 17 décembre 2009
© AFP/Archives Eric Piermont

CARROS (France) (AFP) – Dompter les soubresauts de l’offre et la demande d’électricité pour se passer de nouvelles centrales et de nouvelles lignes : avec cet objectif, de premiers embryons de réseaux électriques « intelligents » prennent forme en France, comme dans les faubourgs de Nice.

« On ne va évidemment pas se passer de toutes les lignes électriques, mais l’idée c’est de trouver un optimum entre les deux », explique Laurent Schmitt, vice-président de la division « smart grids » (réseaux électriques « intelligents ») d’Alstom, en montrant à la presse les premières installations, opérationnelles depuis peu, du programme « Nice Grid » à Carros (Alpes-Maritimes).

Alors qu’on recense désormais en France, selon lui, une centaine de projets plus ou moins avancés, l’exemple niçois est « le premier de taille significative à entrer en service ». Il comprend notamment un logiciel qui tient lieu de « cerveau » et pilote différents équipements, et des « yeux », à savoir des capteurs relevant en temps réel toute sorte de données précieuses.

En gestation depuis novembre 2011, cette expérimentation pilotée par le gestionnaire de réseau ERDF (groupe EDF) se distingue en cumulant plusieurs expériences en une.

Du stockage d’électricité, d’abord: dans un grand conteneur de semi-remorque se niche aujourd’hui une batterie de 500 kilowattheures, qui stocke le courant quand celui-ci est abondant et le « déleste » en période de pointe. D’autres batteries plus petites seront ajoutées ultérieurement au système

Plusieurs industriels de Carros, comme le producteur de café Malongo, se sont également engagés, jusqu’à dix fois par an, à « effacer » leur consommation électrique, c’est à dire à renoncer ponctuellement à la majeure partie de leur utilisation de courant.

« Si j’ai été prévenu à l’avance et que la chaîne logistique a bien fonctionné, je coupe le courant », explique Henri-Philippe Lepage, le directeur de l’usine. Une centaine de particuliers équipés du compteur communicant Linky doivent prochainement adopter le même principe, avec par exemple un arrêt de quelques minutes de leurs radiateurs électriques.

Objectif? Pouvoir rapidement « effacer » jusqu’à 3 mégawatts de consommation électrique dans le secteur de Carros, soit environ 15% de la demande locale.

A l’inverse, il s’agit également d’inciter les consommateurs à utiliser de l’électricité lorsque la production des énergies renouvelables intermittentes, –en l’occurrence du photovoltaïque– est forte, avec par exemple un tarif incitatif.

En effet, « les réseaux de distribution auxquels ils sont raccordés ont été construits à une époque où l’on n’anticipait pas les renouvelables et ne sont pas toujours adaptés », souligne Christophe Arnoult, le responsable du projet chez ERDF.

Toutes ces pratiques ont pour but de « déplacer » la consommation d’électricité aux moments de la journée où la production est la plus abondante.

Car la « pointe » (ou pic) de consommation, qui a augmenté de plus d’un quart en dix ans et a atteint un sommet national historique de 101,2 gigawatts en février 2012, est de plus en plus le cauchemar des opérateurs de réseau dans leur lutte contre les « black-out ».

Elle nécessite de surdimensionner le système électrique pour pouvoir encaisser le choc durant ces quelques minutes cruciales où la France consomme à fond, un phénomène amplifié l’hiver par le chauffage électrique.

Dans certaines « péninsules électriques » mal desservies, comme la région niçoise, ces épisodes deviennent particulièrement sensibles pour les opérateurs de réseau.

D’où le besoin de pouvoir calmer le jeu, d’autant que la solution conventionnelle consistant à construire de nouvelles lignes se heurte de plus en plus à des oppositions environnementales.

Les réseaux intelligents permettront-ils réellement d’alléger les investissements dans les lignes? « La réponse n’est pas simple », tempère Christophe Arnoult. « Nous allons faire début 2016 un bilan coûts-bénéfices de Nice Grid » (30 millions d’euros de budget, ndlr), il n’est pas exclu que la conclusion soit négative, sur des questions de coûts par exemple ».

Alstom, lui, ne cache pas son impatience de voir le marché atteindre un rythme de croisière.

« Les démonstrateurs, c’est formidable. Après, le danger, c’est de les multiplier. A un moment donné, il va falloir passer à l’implémentation » à grande échelle, suggère Grégoire Poux-Guillaume, le patron de la division réseaux d’Alstom.

Aux Etats-Unis, où la faiblesse du réseau renforce le besoin en pilotage intelligent, et au Danemark, qui doit intégrer des quantités très importantes d’électricité éolienne, le groupe français a trouvé ses premiers terrains d’expérimentation.

© AFP

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