Déchets radioactifs à Bure: une « étape de stockage pilote » proposée

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Bure

Des visiteurs dans un couloir souterrain, le 4 février 2013, dans le laboratoire de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs à Bure, dans la Meuse, qui pourrait devenir un site de stockage de déchets radioactifs
© AFP/Archives Jean-Christophe Verhaegen

Paris (AFP) – La commission en charge du débat public sur la création à Bure (Meuse) en 2025 d’un « tombeau » pour les déchets radioactifs a défendu mercredi l’idée d’un nouveau calendrier pour permettre plus de tests grandeur nature de ce projet contesté.

« L’idée d’un nouveau jalonnement du projet, intégrant une étape de stockage pilote, constituerait une avancée significative », a estimé le président de la Commission nationale du débat public (CNDP), Christian Leyrit, en dressant le bilan d’un débat public agité qui s’est tenu entre le printemps 2013 et le début 2014.

« Une large majorité de personnes et d’experts indépendants ayant participé au débat, ainsi d’ailleurs que l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), s’accordent pour considérer que le calendrier de déploiement du projet (…) est beaucoup trop tendu et que des preuves supplémentaires doivent être apportées sur la sécurité », a-t-il ajouté.

Le projet de créer à Bure, à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, un « tombeau » pour les résidus radioactifs les plus dangereux est un sujet sensible car il s’agit de stocker dans les sous-sols pour des dizaines de milliers d’années quelque 3% du volume total des déchets radioactifs produits en France, qui concentrent à eux seuls plus de 99% de la radioactivité.

Le calendrier actuel de ce projet baptisé Cigéo, fixé par une loi de 2006, prévoit une demande d’autorisation en 2015 de la part de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) en vue d’un décret d’autorisation en 2018 et une mise en service industrielle en 2025.

Plutôt que de passer directement du laboratoire actuellement implanté à 500 mètres de profondeur à une exploitation industrielle, de nombreux acteurs jugent nécessaire de créer un prototype permettant de tester à petite échelle le stockage de « colis » radioactifs.

Un panel de citoyens avait déjà plaidé la semaine dernière pour une révision du calendrier jugé « pas réaliste sans une phase d’expérience grandeur nature ».

L’Andra, qui a trois mois pour répondre à ces conclusions, estime que ces demandes vont « dans le sens de ce qu’on avait exprimé avec une mise en oeuvre progressive » du projet, a rappelé à l’AFP Fabrice Boissier, directeur de la maîtrise des risques. « S’il faut changer le calendrier, nous ferons éventuellement des propositions à l’Etat », a-t-il ajouté.

Les déchets radioactifs qui doivent être stockés à Bure sont 10.000 m3 déchets de « haute activité » (HA), principalement des résidus hautement radioactifs issus du traitement des combustibles usés, et 70.000 m3 de déchets de « moyenne activité à vie longue » (MA-VL). Aujourd’hui, 60% des déchets MA-VL et 30% des déchets HA sont déjà produits et entreposés en surface, notamment à La Hague (Manche) et Marcoule (Gard).

Le débat public avait rapidement tourné court sur le terrain, les opposants les plus virulents ayant fait avorter les deux premières réunions publiques au printemps 2013. Il s’était poursuivi sur internet jusqu’à mi-décembre avec neuf débats contradictoires en ligne et la collecte de questions et d’avis.

En dépit de l’annulation des réunions et du boycott annoncé de dizaines d’associations, « le débat a bien eu lieu », assure le président de la CNDP.

Dans son bilan, il plaide toutefois pour la nécessité d’une « expertise plus pluraliste » et juge « indispensable » une nouvelle évaluation des coûts du projet, les seuls chiffres existant (de l’ordre de 15 milliards d’euros) remontant à 2005.

Saluant des « conclusions de bon sens » de la Commission, le député écologiste Denis Baupin a appelé le gouvernement à en tenir compte des « très nombreuses incertitudes qui continuent d’entourer ce dossier », notamment sur les risques d’incendie ou encore les conditions qui rendront possible la reprise des déchets radioactifs en cas de besoin.

Les opposants, dont une vingtaine s’est rassemblée devant la CNDP, devaient avoir l’occasion de se faire entendre à nouveau dans l’après-midi à Bar-le-Duc, où une nouvelle présentation de ces conclusions était prévue.

© AFP

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