Pyrénées: un nouveau rapport sur les ours ravive les querelles

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rapport sur les ours

Un technicien travaille sur la peau de l’ours Cannelle le 26 avril 2012 à Toulouse
© AFP/Archives Pascal Pavani

Toulouse (AFP) – Le ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, se retrouve, au moment où il est attendu sur un nouveau plan ours, avec l’expertise d’une institution respectée qui prône de lâcher très vite au moins six ours de plus dans les Pyrénées.

Le rapport en question, confectionné par un panel d’experts sous la conduite du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, ravive les querelles entre pro et anti-ours, tous suspendus à un plan escompté d’ici à la fin de l’année.

Pour les pro-ours, le gouvernement se décrédibiliserait s’il ignorait les recommandations du Muséum. C’est en effet la ministre alors en poste, Delphine Batho, qui a missionné l’institution en 2013 pour qu’elle se prononce sur l’épineux sujet des réintroductions.

Or ce rapport que l’AFP a consulté constate que l’état de conservation de l’ours dans les Pyrénées n’est pas bon. Il prône de lâcher au minimum quatre femelles dans l’ouest du massif et deux femelles pleines dans le centre. Les experts disent même qu’idéalement, ce sont 17 ours qu’il faudrait réintroduire, au risque de voir l’espèce disparaître à plus ou moins long terme dans le massif.

Pour eux, l’habitat pyrénéen serait capable d’accueillir au moins 110 individus. Mais, même à 110, l’ours cesserait seulement d’être considéré en danger critique, et resterait en danger au regard des critères internationaux endossés par la Commission européenne, qui a mis en demeure la France de respecter ses engagements en faveur de l’ours.

Pour Alain Reynes, l’un des associatifs pro-ours les plus éminents, le gouvernement ne peut plus se dérober. « Ils ont souhaité une expertise scientifique indépendante. C’est pas les associations, ni les pro ou les anti (qui parlent), c’est le Muséum d’histoire naturelle avec des experts étrangers. Si ça suffit pas (…) chacun en tirera la conclusion (…) que non seulement il y a pas de volonté de faire, mais on va finir par en conclure qu’il y a une volonté de ne pas faire ».

Les ours ne subsistent plus en France que dans les Pyrénées où ils menaçaient de totalement disparaître dans les années 90. Avec les lâchers commencés en 1996, ils sont aujourd’hui 22 ou un peu plus.

Seulement, pour les anti-ours, à commencer par les éleveurs, les plantigrades sont déjà trop nombreux. Ils jugent les dégâts causés aux troupeaux et le retour des Pyrénées à l’état sauvage incompatibles avec leur idée de l’économie de la montagne. Ils montrent les défenseurs de l’ours comme des écologistes déconnectés des réalités.

« On ne veut pas d’ours dans les Pyrénées, on veut de l’emploi, des services publics, du soutien au développement rural et une aide forte contre les intempéries et leurs dégâts récurrents ! (…) Bientôt ce sont des Pyrénéens qu’il faudra relâcher en montagne, car ils seront devenus une espèce en voie de disparition », s’est insurgé Chasse, pêche, nature et traditions.

Bruno Besche-Commenge, un porte-parole des anti-ours, tonne contre le rapport du Muséum et retourne contre ses adversaires les expertises et les normes internationales: « Si vous voulez une population viable dans les Pyrénées, c’est pas trois ou cinq ours qu’il faut réintroduire, c’est 250 ! »

En 2005 et 2006, les lâchers successifs de cinq ours (les derniers en date) ont mobilisé des milliers d’opposants. Si le ministre suit les conseils du Muséum, « il y aura le feu dans le massif. On lui a déjà dit », prévient M. Besche-Commenge.

En 2011, sous la présidence Sarkozy, le gouvernement était revenu sur l’engagement de libérer une femelle dans les Pyrénées-Atlantiques. Un reniement pour les pro-ours, une décision de bon sens pour les anti.

Le gouvernement est ainsi appelé à arbitrer un débat passionnel. Le Muséum lui-même souligne qu’il ne rend qu’un avis écologique, fondamental certes, mais qu’il sait que le gouvernement devra aussi prendre en compte les enjeux socio-économiques, « également déterminants ».

Le ministère ne commentera pas le rapport jusqu’à sa présentation aux acteurs du massif, en février. Mais les travaux vont commencer très prochainement pour élaborer d’ici à fin 2014 un « volet » concernant l’ours dans le cadre d’une stratégie globale de protection de la biodiversité pyrénéenne, et « toutes les parties prenantes y seront associées », selon le ministère.

© AFP

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