Environnement: Costa Rica, la « démocratie verte » en danger

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Un homme nourrit un crocodile sur les rives de la rivière Tarcoles, au Costa Rica le 15 mai 2008 © AFP/Archives Yuri Cortez

Un homme nourrit un crocodile sur les rives de la rivière Tarcoles, au Costa Rica le 15 mai 2008
© AFP/Archives Yuri Cortez

San José (AFP) – La richesse de l’environnement du Costa Rica, qui lui vaut parfois le surnom de « démocratie verte » a été durement mise à mal au cours de la décennie écoulée par le développement économique, sa préservation constituant aujourd’hui un défi pour le prochain président.

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle se déroule dimanche, la présidente sortante Laura Chinchilla a appelé mardi depuis un sommet régional à Cuba à prêter « une grande attention au développement durable et au changement climatique (…) et son impact dévastateur ».

Les quelque 2,5 millions de touristes visitant chaque année ce petit pays d’Amérique centrale peuplé de 4,3 millions d’habitants s’émerveillent de la richesse de son écosystème au sein de réserves naturelles couvrant 25% de ses 51.000 km2.

Le Costa Rica, où l’armée a été supprimée en 1948 dans une région longtemps aux prises avec des dictatures militaires, constitue l’un des rares pays au monde à avoir interdit la chasse sportive et ne s’est pas laissé séduire par les sirènes de l’exploitation minière ou pétrolière, principales ressources de nombreux pays latino-américains.

Mais les plages paradisiaques, les épaisses forêts tropicales et les imposants volcans masquent des problèmes que des experts relèvent depuis longtemps: l’administration déficiente des aires protégées ou la pollution croissante de l’air, des sols et des cours d’eau.

Ignorance environnementale

Malgré les problèmes, qualifiés de graves par les écologistes locaux, le thème était pratiquement absent de la campagne électorale.

« Nous sommes préoccupés par le manque de propositions concrètes et l’ignorance que montrent nos candidats sur le thème de l’environnement en général et sur la protection de la vie marine en particulier », déplore ainsi Randall Arauz, du Programme de conservation des tortues marines (Pretoma).

Les programmes des principaux candidats – Johnny Araya (Parti Libération nationale, droite, au pouvoir), le jeune écologiste José Maria Villalta (Front large, gauche) et Luis Guillermo Solis (Parti action citoyenne, centre) – s’accordent pourtant sur le diagnostic. Mais restent vagues sur les remèdes.

Faire de l’accès à l’eau un droit de l’Homme constitutionnel, modifier l’organisation des transports urbains pour diminuer la dépendance aux énergies fossiles, maintenir le moratoire sur l’activité minière à ciel ouvert figurent parmi les propositions générales des postulants à la magistrature suprême.

Ils coïncident également sur la nécessité de renforcer la protection des zones naturelles ou de sanctionner les coupes de bois illégales mais les moyens d’y parvenir restent flous.

Dette écologique

Le rapport sur l’État de la Nation 2013, prestigieuse étude annuelle des universités publiques, signale qu' »au cours de la dernière décennie, la +dette écologique+ du pays était passée de 3% en 2002 à 11% en 2012″, ce qui signifie que chaque Costaricien consomme « 11% de plus que ce que permet la capacité du territoire ».

Il souligne également que 96,4% des eaux usées sont rejetées dans la nature sans aucun traitement.

Des associations écologistes dénoncent également les grandes exploitations de production d’ananas – dont le pays est le premier exportateur mondial – pour la pollution qu’elles provoquent.

L’organisation Pretoma regrette que le pays, baigné par l’océan Pacifique et la mer des Caraïbes, favorise l’exploitation irrationnelle de ses ressources maritimes et la pollution de ses côtes.

Mais le problème le plus prégnant demeure les émissions de gaz à effet de serre, qui ont augmenté de 43,2% en 10 ans, en raison surtout de l’accroissement du parc automobile, selon le rapport.

« L’air est trop pollué et les gouvernements ont manqué d’autorité et permis cette perte de contrôle », regrette Luis Diego Marin, coordinateur de l’organisation Preserve Planet, interrogé par l’AFP.

Les conflits sociaux sur le thème de l’environnement ont également pris un tour violent. Le meurtre l’année dernière du jeune militant écologiste Jairo Mora, défenseur des tortues marines, a ainsi choqué le pays.

« Jairo est vivant », scandent les défenseurs de l’environnement, qui demandent la protection de l’écosystème mais également de ceux qui œuvrent à sa conservation.

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