L’énergie intelligente décolle aussi à la maison

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Un thermostat « intelligent » de l’américain Nest, pris en photo le 16 janvier 2014 à Provo, dans l’Utah
© Getty/AFP George Frey

Paris (AFP) – Piloter la consommation d’énergie de son logement depuis un smartphone ou une tablette: l’énergie « intelligente » émerge aussi à la maison, alors que le rachat de l’américain Nest par Google cette semaine a braqué les projecteurs sur ces nouveaux produits.

Le géant du matériel électrique Schneider a lancé ce jeudi la commercialisation en France de sa gamme Wiser, une « box » centrale reliée sans fil à des accessoires qui permettent de piloter à sa guise ses radiateurs (électriques, et à eau chaude dès juin) et ses installations électriques, pièce par pièce et même en dehors de chez soi.

« L’énergie est partout, mais on a perdu son contrôle. L’idée, c’est de créer les manettes, les joysticks pour que l’ensemble des usagers sentent que +c’est moi qui contrôle+ », résume Mathieu Lehanneur, le designer de Wiser.

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), un bon pilotage de son énergie permet de réduire sa facture de 10 à 25%. Schneider va jusqu’à 30%.

« Personne ne peut aller éteindre chaque appareil et chaque radiateur à chaque fois qu’il sort de chez lui, donc il s’agit de lui apporter les solutions simples pour le faire », résume Bruno Capdordy, le responsable du projet Wiser.

Si les objectifs de Schneider restent modestes (10.000 clients à la fin de l’année, pour un équipement estimé entre 700 à 1.100 euros hors pose et subventions), le secteur bouillonne d’activité, bien avant le débarquement du compteur intelligent « Linky », qui doit débuter en 2015.

Le japonais Toshiba a déjà lancé à l’automne dans l’Hexagone un système similaire à celui de Schneider, baptisé « Pluzzy ». Quant au chauffagiste De Dietrich et le fabricant Somfy, ils viennent d’annoncer une alliance.

Les acteurs historiques doivent aussi veiller à ne pas être pris de vitesse par de nouveaux venus.

Les données, nouveau trésor?

Fort de son succès dans les stations météo, le français Netatmo a livré au début de l’hiver ses premiers « thermostats intelligents » (180 euros hors pose) et espère rencontrer le même succès que le modèle phare de l’américain Nest aux Etats-Unis (1 million de thermostats vendus).

Sur le même créneau, la start-up nantaise Qivivo, après une phase de test, s’apprête elle aussi à lancer son modèle.

Selon une récente étude du cabinet Accenture, un Français sur trois déclare vouloir piloter son chauffage depuis son smartphone, souligne le patron de Netatmo, Frédéric Potter.

Pour le chauffage thermique, « cela veut dire qu’il y a cinq millions de gars qui veulent le faire, alors qu’ils ne l’ont encore jamais vu autour d’eux. Donc si on n’atteint pas rapidement des centaines de milliers ou des millions d’unités vendues, ça voudra dire qu’on se sera planté ».

Les sceptiques pourront toujours rappeler que la domotique, promise dès les années 1980 à un avenir digne de la science-fiction, n’a pas décollé autant qu’espéré, ou que l’antique Minitel permettait déjà de piloter à distance des chaudières.

Mais avec l’avènement des applications sur mobile, une interface simple d’emploi se substitue à une programmation souvent complexe jusque-là.

Le rachat pour 3,2 milliards de dollars de Nest par Google (soit trente fois le chiffre d’affaires annuel estimé) conforte d’ailleurs la filière.

Pour Qivivo, dont le modèle utilise aussi des algorithmes « apprenant » le comportement des utilisateurs, « au-delà de simples objets connectés, c’est avant tout les technologies apprenantes, avec ses algorithmes, qui intéressent Google.

Autre analyse chez M. Potter: « L’histoire de Nest où le thermostat apprend tout seul votre comportement, c’est une belle histoire, mais en pratique ça ne marche pas. Je pense que Google a considéré que ça avait une valeur stratégique de pouvoir récupérer les données de consommation énergétique des Américains ».

Schneider, qui ne facture pas à ses clients les quelques euros par mois que coûtent la gestion de ces données, entend ainsi proposer des services liés « avec l’accord du consommateur ». Les opérateurs ont d’ailleurs l’obligation d’effacer les données quand les clients le demandent, explique Bruno Capdordy.

Quant aux fournisseurs d’énergie, suivent-ils le mouvement? GDF Suez va tout prochainement inclure le pilotage par smartphone dans son offre « DolceVita ZenBox », selon un porte-parole.

EDF mène pour sa part des « expérimentations » mais juge que le vrai essor de ces technologies sera lié à l’installation son futur compteur Linky.

© AFP

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