Tour Montparnasse : de l’amiante véhiculé par les gaines d’aération

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Vue de la Tour Montparnasse à Paris, le 14 juillet 2012
© AFP/Archives Loic Venance

Paris (AFP) – Le dossier de l’amiante n’en finit pas d’empoisonner la Tour Montparnasse : un rapport d’étape d’expert consulté mercredi par l’AFP montre que les gaines d’aération ont véhiculé la fibre cancérigène lors des travaux de désamiantage.

Les travaux de désamiantage du célèbre édifice parisien, où travaillent quelque 5.000 personnes, ont démarré il y a sept ans et déjà coûté quelque 250 millions d’euros aux 283 copropriétaires. Ils ne devraient pas s’achever avant 2017.

L’expert avait été mandaté à la suite d’un arrêté préfectoral pris au mois d’août après plusieurs dépassements des seuils de pollution autorisés (72 depuis 2009), pour en comprendre les causes.

Après ces dépassements, des salariés d’Amundi, filiale du Crédit agricole et de la Société générale avaient quitté la Tour. Ceux de CNP assurance avaient également brièvement quitté le site.

Dans son rapport d’étape, avant ses conclusions définitives attendues en janvier, l’expert indique qu' »au regard des éléments étudiés sur les pollutions récentes et sur des pollutions plus anciennes affectant la Tour (…) les gaines constituent selon leur nature une source d’émission et une cause des transferts de pollutions ».

Il précise que les gaines d’aération sont un « vecteur de transfert » de « fibres d’amiante vers des locaux situés dans d’autres niveaux », tandis que les gaines techniques (câbles électriques, téléphoniques…) sont à la fois « source d’émission et vecteur de transfert » de particules d’amiante.

« Aucune raison » d’évacuer à ce stade

Les conclusions préliminaires de l’expert ne signifient pas pour autant que de l’amiante circule de façon permanente dans la Tour, les incidents étant localisés et liés aux chantiers de désamiantage, aujourd’hui suspendus.

Dans un communiqué, les copropriétaires de la Tour évoquent une note d’étape « rassurante » qui « confirme l’absence de toute pollution par l’amiante dans la Tour ».

« Quelques-unes des gaines techniques permettant l’arrivée dans les étages de l’électricité et de la plomberie par exemple, contiennent minoritairement de l’amiante sous contrôle en attendant de pouvoir être traitée », indiquent-ils, soulignant respecter « tous les termes de l’arrêté préfectoral du 13 août ».

Ils relèvent également que « les mesures de surveillance ont été renforcées » et que « les prélèvements d’air sont conformes ».

Le président du syndicat de copropriété de la Tour, Jean-Marie Pierrel, a en outre souligné auprès de l’AFP que le rapport d’étape « fait le lien entre des pollutions ponctuelles et les chantiers à proximité donc qu’il n’y a pas d’exposition généralisée et permanente ».

Selon lui, la Tour subit ces incidents parce qu’elle a été « trop bon élève », en multipliant les mesures de contrôle et en allant au-delà de ses obligations en matière de désamiantage.

Pour M. Pierrel, les expertises permettront « par la compréhension des phénomènes, de revoir l’organisation des chantiers » et donc d’éviter de nouvelles pollutions.

Michel Parigot, responsable de l’Association des victimes de l’amiante (Andeva), estime pour sa part qu’avec ce rapport, « la question qui est posée est : est-ce qu’on peut raisonnablement désamianter une Tour de cette ampleur par petits morceaux ? La réponse est non ».

Les copropriétaires ont fait, dit-il du « bricolage pour faire des économies » et éviter de déplacer les gens, les exposant du même coup à des niveaux de pollution « qui demeurent faibles », mais sont « non négligeables ».

« A ce stade, c’est au préfet d’intervenir », estime M. Parigot, car « il a déjà tous les éléments » pour « forcer les copropriétaires » à procéder à un « désamiantage global de la Tour » et donc à évacuer.

Les copropriétaires ne voient de leur côté « aucune raison » que la préfecture ordonne d’évacuer.

Le dossier de l’amiante avait déjà terni à l’automne le 40e anniversaire de la Tour. Une information judiciaire a en outre été ouverte le 4 octobre par le parquet de Paris, notamment pour « mise en danger de la vie d’autrui », deux magistrats spécialisés dans les questions de santé publique ayant été désignés pour instruire.

Plusieurs dizaines de salariés ont également déposé un dossier aux prud’hommes pour faire valoir un « préjudice d’anxiété ».

Isolant utilisé dans le bâtiment, l’amiante, cancérigène, pourrait provoquer, selon les autorités sanitaires, quelque 100.000 décès d’ici à 2025.

© AFP

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