Vote crucial le 12 décembre pour l’avenir des agrocarburants en Europe

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Biche traversant un champ de colza dans la vallée de Chevreuse, Yvelines, France. © Yann Arthus-Bertrand

Le 12 décembre, le conseil des ministres de l’énergie  de l’Union européenne doit se prononcer sur l’augmentation de la part des agrocarburants. Celle-ci est actuellement plafonnée à 5% ; elle pourrait être relevée à 7 %, une décision qui suscite des controverses. Lorelei Limousin, chargée de mission Climat et Transport du Réseau Action Climat revient sur les enjeux de ce vote important à la fois pour la politique énergétique et l’agriculture européenne.

Quels sont les enjeux du vote du 12 décembre sur les agrocarburants par le conseil des ministres ?

Les Etats-membres s’appêtent à adopter la position du Conseil concernant la  proposition de la Commission. La présidence lithuanienne du Conseil veut relever la part des agrocarburants de 5 % à 7 % d’ici à 2020. Il est quasi-acquis que le Conseil va voter en faveur de cette mesure. Plutôt que de réparer une erreur, les Etats-membres vont enfoncer le clou.  Cette mesure signifierait une augmentation des émissions de  CO2 de 400 millions de tonnes d’ici 2020 par rapport à la proposition de la commission, soit autant que ce que l’Italie émet en une année.

Quelles est la situation des agrocarburants en Europe à l’heure actuelle ?

L’Europe développe les agrocarburants dans le cadre de sa politique énergétique en faveur des renouvelables. En 2008, l’Europe a ainsi fixé un objectif global de 20 % d’énergie d’origine renouvelable d’ici à 2020. Cet objectif est décliné dans les transports avec un objectif de  10 % d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie du secteur. Pour  y parvenir, cela passe par une plus grande incorporation des agrocarburants de première génération dans l’essence. Un temps, cet objectif a été fixé à 10 % mais suite à certaines critiques, la commission a proposé de plafonner à 5 % la part des agrocarburants de première génération. Désormais, les Etats  envisagent de remonter cette part, c’est l’enjeu du vote du 12 décembre. Le Danemark et les pays du Bénélux ne sont pas favorables à cette mesure qui trouve le soutien de nombreux pays dont la France.

Quelle est la position de la France sur le développement des agrocarburants ?

La France est l’un des premiers producteurs européens de biodiesel, le colza est une culture très répandue. La position française est ambiguë et contradictoire puisqu’elle a annoncé  une pause dans le développement des agrocarburants au niveau national alors que dans le même temps elle soutient leur essor  au niveau européen. Elle s’est opposée à la prise en compte des émissions liées au changement d’affectation des sols dans dans le calcul du bilan carbone des agrocarburants. Elle a aussi défendu une méthode moins contraignante de reporting du bilan environnementale des agrocarburants.

 Quelles sont les conséquences d’une plus grande incorporation des agrocarburants de première génération dans la politique énergétique de l’Union européenne ?

Tout d’abord, le développement des agrocarburants a des répercussions sur la sécurité alimentaire. Il met en concurrence cultures vivrières et cultures énergétiques. En fait, il favorise aussi l’importation d’huile de palme, et de la déforestation qui résulte de cette activité en Indonésie, puisque le colza qui sert à l’élaboration d’huiles culinaires en Europe est dorénavant destiné à la production d’énergie.  De plus, le développement des cultures d’agrocarburant nuit à la biodiversité, ce sont de grandes monocultures qui nécessitent des traitements chimiques (engrais et pesticides). Sans compter le fait que les agrocarburants de première génération sont une fausse bonne idée pour lutter contre le changement climatique, car ils émettent plus de gaz à effet de serre que le pétrole si on prend en compte le CASI (changement d’affectation des sols indirect) qui mesure l’impact d’une modification des cultures à long terme sur le climat. Enfin, favoriser le développement des agrocarburants de première génération se fera au détriment d’autres énergies renouvelables et s’avère un mauvais signal à l’intention de ceux qui tentent de développer des agrocarburants plus respectueux de l’environnement.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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