Espèces menacées en Afrique: Hollande annonce des mesures, dont des amendes « décuplées »

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Un ranger kényan se tient près d'une saisie de défenses d'éléphants victimes de braconnage, le 23 août 2013 à Nairobi © AFP/Archives Tony Karumba

Un ranger kényan se tient près d’une saisie de défenses d’éléphants victimes de braconnage, le 23 août 2013 à Nairobi
© AFP/Archives Tony Karumba

Paris (AFP) – La France, à la veille d’un Sommet à Paris sur la paix et la sécurité en Afrique, réunit jeudi une vingtaine de dirigeants pour progresser dans la lutte contre le trafic d’espèces sauvages, qui menacent des animaux emblématiques comme l’éléphant mais constituent aussi un facteur d’instabilité.

Le président François Hollande devait ouvrir jeudi après-midi une table ronde consacrée au sujet et à laquelle participeront sept chefs d’Etats (Cameroun, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Tanzanie, Togo), les Premiers ministres du Swaziland et de la Libye et des responsables d’une dizaine d’autres Etats.

Les travaux seront conduits sous la houlette de Philippe Martin, ministre de l’Ecologie, et de Nicolas Hulot, envoyé spécial du président français pour la protection de la planète.
Cette initiative française s’inscrit dans un contexte de préoccupation internationale croissante pour l’avenir d’espèces menacées (éléphants, primates, rhinocéros, tortues, hippopotames, etc.), objets d’un trafic estimé à plus de 14 milliards de dollars par an dans le monde. Ceci en dépit de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), qui régule et parfois interdit le commerce de certaines espèces.

La France, qui veut montrer l’exemple, annoncera un plan de renforcement dans sa lutte contre le braconnage et le trafic d’espèces menacées.

Elle soumettra aussi à ses hôtes un projet de texte dit « Déclaration de Paris » faisant état de « l’ampleur et les ravages causés par l’effort sans précédent des actes de braconnage et de trafic qui affectent l’éléphant et les grandes espèces menacées de toute l’Afrique ».

Les signataires s’engageraient à « agir sans délai » et « de manière résolue » face à « des bandes lourdement armés qui opèrent de plus en plus de manière transfontalière, alimentant les trafics de tous genres et l’instabilité politique ».

Financement de groupes criminels

Le trafic d’espèces sauvages, telles que l’éléphant et le rhinocéros, ne relève désormais plus seulement du braconnage local, mais de groupes criminels, qui trouvent là un moyen de financement.

On cite généralement les shebab somaliens, l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ougandaise ou les Janjawids soudanais, parmi les groupes impliqués dans le braconnage, qui fragilise la sécurité des régions visées et l’Etat de droit.

La protection des éléphants a déjà fait l’objet d’une réunion internationale cette semaine à Gaborone (Botswana) avec l’adoption de mesures pour renforcer la répression du braconnage et du trafic d’ivoire, mais les principaux pays de la filière, en Afrique et en Asie, n’étaient pas représentés au plus haut niveau de l’Etat et doivent encore ratifier l’accord.

Le trafic d’espèces menacées doit aussi faire l’objet d’un sommet à Londres les 12 et 13 février prochain.

La population d’éléphants en Afrique est désormais estimée à environ 500.000 individus. Sachant que 22 à 25.000 animaux sont abattus chaque année, ces pachydermes sont éliminés plus vite qu’ils ne peuvent se reproduire.

Depuis 2009, le niveau de braconnage n’a cessé d’augmenter, témoignant d’un changement d’échelle et de l’implication du crime organisé, relèvent les experts.

La situation du rhinocéros, chassé pour sa corne, est encore plus alarmante: il reste en Afrique 5.000 rhinocéros noirs et 20.000 blancs. Le rhinocéros a déjà disparu d’Afrique centrale. En Afrique du Sud, quelque 800 spécimens ont été tués en 2013.

Stéphane Ringuet, expert de l’ONG WWF France et du réseau Traffic de surveillance internationale du commerce des espèces sauvages, espère que la lutte va franchir un vrai palier: « Aujourd’hui les déclarations d’intention ne suffisent plus », prévient -il.

Le scientifique plaide pour « l’application des lois déjà existantes, quitte à les renforcer si nécessaire » et « une plus grande collaboration entre les pays de l’aire de répartition des éléphants, les pays de transit de l’ivoire (Kenya, Tanzanie, Ouganda, etc.) et les gros pays de consommation d’ivoire » que sont la Chine et la Thaïlande.

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