Energie: les projets de Berlin ne font que des mécontents

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Le chef de file du SPD Sigmar Gabriel, la chancelière Angela Merkel et le leader de la CDU Horst Seehofer à l’issue d’une conférence de presse sur leur accord de coalition, le 27 novembre 2013 à Berlin
© AFP John MacDougall

Berlin (AFP) – Prise en tenaille entre la pression des lobbies industriels et environnementaux, la future coalition gouvernementale allemande a promis d’aménager la transition énergétique du pays, sans fondamentalement remettre en cause la primauté accordée aux renouvelables.

Conservateurs et sociaux-démocrates, qui vont se partager le pouvoir à Berlin au cours des quatre prochaines années, étaient attendus au tournant sur la question énergétique. Les acteurs des renouvelables craignaient pour l’avenir de leur branche, les industriels gros consommateurs d’énergie pour leur régime de faveur, les énergéticiens pour leurs bénéfices, les consommateurs pour des prix qui s’emballent.

Mais au final, personne n’est vraiment content des propositions mises sur la table.

Pour Klaus Milke, président de l’ONG Germanwatch, le projet –la constitution du gouvernement reste conditionnée à un vote des adhérents du SPD– est « un pas en arrière et une grosse victoire du lobby des énergies fossiles ».

Ralentissement du rythme dans les renouvelables

Le document définit de nouveaux objectifs dans les renouvelables: 40% à 45% de la production d’électricité d’ici 2025 –la part est de 25% actuellement– et de 55% à 60% d’ici 2035. Ces chiffres impliquent un rythme de développement inférieur à celui des dernières années, critique la fédération BEE des énergies renouvelables.

D’ici fin avril, tout le système de soutien aux renouvelables doit en outre être revu. Les subventions pour certaines énergies propres vont être abaissées, par exemple pour l’éolien terrestre, ou encore pour la biomasse.

Le président de la BEE Fritz Brickwedde a déploré « un coup de frein », à même de remettre en question les objectifs de réduction des émissions de CO2 de l’Allemagne.

Mais ce qui va trop loin pour certains ne suffit pas aux autres. « Le contrat de coalition ne dessine pas de chemin crédible pour sortir de la spirale de hausse des coûts », critiquait ainsi la fédération DIHK des chambres de commerce.

Les milieux économiques s’inquiètent aussi d’une possible limitation des exemptions accordées à un certain nombre d’industriels gros consommateurs d’énergie qui ne s’acquittent pas, ou à un taux très réduit, de la taxe sur l’énergie, dont les recettes financent le développement des renouvelables.

Le programme de gouvernement évoque à mots couverts la possibilité de revenir sur ces privilèges. Cette épée de Damoclès « va avoir des effets très néfastes sur l’investissement », a prévenu la fédération VCI des industries chimiques. Mais, prédit une source du secteur sous couvert d’anonymat, elle ne devrait pas non plus suffire à amadouer Bruxelles, qui s’irrite de cette subvention indirecte de l’industrie allemande.

Le sort des centrales fossiles en question

En affirmant que « les centrales conventionnelles (au charbon et au gaz) sont indispensables pour le moment », le programme a en outre mis du baume au coeur des groupes d’énergie, que la concurrence des renouvelables met à mal.

Les autorités veulent éviter que les opérateurs ne ferment leurs centrales fossiles, ce qu’ils ont commencé à faire, pour continuer à garantir l’approvisionnement du pays les jours sans vent et sans soleil.

« Nous avons besoin de mécanismes qui assurent le maintien des capacités nécessaires sur le marché », assure le contrat de coalition. Que le problème ait été reconnu « est réjouissant », a commenté Hildegard Müller, de la fédération sectorielle BDEW.

Mais elle déplore l’absence de « solutions concrètes, d’application et de calendrier ». L’Agence des réseaux est chargée d' »examiner » la situation. « Mais s’il y a un examen d’ici 2015, cela veut dire pas de loi avant 2017, mise en oeuvre en 2018; pour nous cela ne fait pas de sens », commentait la semaine dernière Leonhard Birnbaum, membre du directoire du groupe EON.

Le numéro un allemand de l’énergie est directement concerné, tout comme son rival RWE, qui vient d’annoncer près de 7.000 suppressions d’emplois sur fond de bénéfices en chute libre.

© AFP

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