Huile de palme: l’industrie reste difficile à encadrer

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Une plantation de palmiers à huile à Bintulu Sarawak, en Indonésie
© AFP/Archives Mohd Rasfan

Paris (AFP) – Les plantations d’huile de palme continuent de s’étendre dans le monde au détriment des cultures traditionnelles et des forêts, sans que l’organe supposé encadrer cette croissance, la plate-forme pour une huile de palme durable (RSPO), parvienne à y mettre de l’ordre, dénoncent des chercheurs.

C’est le constat que dressent des chercheurs qui s’avouent « déçus » à travers 16 études de cas en Afrique et dans le sud-est asiatique, « épicentre de l’industrie » de l’huile de palme, réunies dans un livre « Conflict or Consent? The oil Palm sector at a crossroad », publié à l’occasion de la réunion annuelle en Indonésie de la RSPO (Roundtable for a sustainable Palm oil), à partir de jeudi.

« Depuis son adoption il y a huit ans, la RSPO a adopté des critères d’opération valables mais les  entreprises adhérentes ne traduisent pas toujours sur le terrain les promesses faites sur le papier », avoue l’un des principaux auteurs, Marcus Colchester, joint par l’AFP avant son départ pour l’Indonésie.

Fondée en 2004 par l’industrie avec l’appui des gouvernements et de grandes organisations non gouvernementales (dont le WWF), la RSPO regroupe aujourd’hui les principaux opérateurs de l’huile de palme  sur une base volontaire pour veiller à limiter les impacts sur l’environnement et la vie des communautés locales.

La RSPO se veut notamment un recours pour les communautés affectées par une plantation, qui voient leurs cultures vivrières détruites et peuvent se tourner vers elle pour obliger l’exploitant à revoir ses pratiques. Ce qu’ont fait en 2010 puis de nouveau en 2012 des villageois au nord et au Sud du Liberia pour faire reconnaître le préjudice subi.

La demande globale en huile de palme pour l’industrie est telle qu’elle suscite une véritable course aux terres arables partout où elle peut s’acclimater, et devrait également s’étendre en Amérique Latine dans les dix ans à venir estiment les auteurs.

En Indonésie seule, 10,8 millions d’hectares lui sont déjà consacrés et les projets à venir visent plus de 20 millions d’ha supplémentaires (plus de 10% du territoire national).

Or « le gouvernement indonésien a dénombré sur son sol pas moins de 4.000 conflits liés à la terre » insiste Marcus Cochester. De plus « l’Indonésie est déjà le troisième principal émetteur de gaz à effet de serre (après les Etats-Unis et la Chine) en raison de la déforestation ».

Les 16 études de cas, qui concernent des plantations dans les pays producteurs comme l’Indonésie et la Malaisie bien sûr (plus de 85% du commerce mondial d’huile de palme à elles deux), mais aussi aux Philippines, en Thaïlande, au Cameroun et en République démocratique du Congo.

Dans la plupart des cas, la RSPO a « permis d’améliorer la compréhension entre les communautés » qui vivaient de ces terres et les opérateurs. « Certaines entreprises ont parfois répondu favorablement et ajusté leurs pratiques », affirment les auteurs.

Mais le plus souvent, relève Marcus Cochester « on note un vrai décalage entre les cadres dirigeants à la tête des entreprises et leurs employés sur le terrain: les premiers sont formés et sensibilisés, souvent de bonne volonté, mais les engagements sur le papier trouvent finalement rarement une traduction concrète sur place ».

De nombreuses compagnies continuent en outre de ne pas suivre les recommandations de la RSPO concernant le respect du droit coutumier, qui conduit – le plus souvent avec la bénédiction des gouvernement locaux  – à violer les propriétés ancestrales et les droits des peuples autochtones.

« Nous sommes vraiment déçus par la lenteur des progrès et nous espérions bien plus » avoue le chercheur . « Le plus souvent les entreprises adhèrent à la RSPO pour leur image, comme faire-valoir. C’est un outil marketing pour elle » regrette-t-il.

Il cite ainsi le cas du géant singapourien Wilmar, membre de la RSPO, qui traite à lui seul 45% de l’huile de palme dans le monde.

Contesté par une communauté paysanne à Jambi, sur l’île de Sumatra, qui s’est tournée vers la RSPO pour faire valoir ses droits, le groupe a revendu la concession alors qu’une médiation était en cours. « Wilmar s’en est lavé les mains, revendant sa concession et du même coup le problème qu’il avait créé », note le chercheur.

© AFP

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