Argentine: le Riachuelo, rivière de Buenos Aires, polluée depuis 200 ans

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Riachuelo

Le Riachuelo fortement pollué, à Buenos Aires, le 21 mars 2011
© AFP/Archives Maxi Failla

Buenos Aires (AFP) – Le Riachuelo, rivière classée parmi les dix sites les plus pollués du monde selon Green Cross, sépare Buenos Aires de sa banlieue sud, une zone de 5 millions d’habitants parsemée de favelas et d’usines.

L’odeur nauséabonde, l’eau sombre charriant des métaux lourds toxiques et les décharges à ciel ouvert sur les deux rives font la triste réputation du Riachuelo, nom donné à l’embouchure du Rio Matanza, de seulement 60 km de long, qui se jette ensuite dans le Rio de la Plata.

Le Riachuelo borde notamment le quartier populaire de La Boca (l’embouchure en espagnol, ndlr), où se pressent les touristes pour visiter les rues pavées de Caminito, berceau du tango, et la Bombonera, le stade de Boca Juniors.

L’eau du Riachuelo dépasse de 50% le seuil autorisé de mercure, arsenic, zinc et plomb, selon Greenpeace et d’autres organisation écologistes.

Les habitants des rives et des quartiers situés à proximité sont exposés à des maladies de peau et respiratoires.

Villa Inflammable (favela inflammable en espagnol) est probablement le quartier le plus touché par la pollution, près du pole pétrochimique Dock Sud, qui expédie dans les eaux de grandes quantités de déchets chimiques.

La première tentative de dépolluer la rivière date de 1810. Depuis, des centaines d’initiatives ont échoué. Mais en 2008, la Cour suprême ont enjoint les autorités d’agir et la situation s’est quelque peu améliorée.

L’activité industrielle, unités de traitement du cuir et les usines de fabrication de produits chimiques, est responsable 95% de la pollution, selon les chiffres officiels.

Dans le bassin, 35% de la population n’a pas accès au réseau d’eau potable et 55% n’ont pas de tout à l’égout.

« Parvenir au fond du Riachuelo, c’est comme s’enfoncer dans un yaourt noir et gelé », selon Guillermo Balbi, un plongeur professionnel qui a travaillé dans ses eaux troubles.

Quand les pluies diluviennes s’abattent sur l’agglomération de Buenos Aires, des torrents se forment dans les ruelles de terre battue des deux rives et déversent dans le Riachuelo tous types de déchets.

L’odeur est telle que les habitants gardent le plus souvent les fenêtres fermées.

Du lit et des abords de la rivière, ont été extraits 12.000 camions remplis de déchets, soit 190.000 tonnes, selon l’Autorité du bassin Matanza Riachuelo (ACUMAR), qui rassemble la municipalité de Buenos Aires, le gouvernement fédéral et la province de Buenos Aires, qui entoure la capitale.

Ministre argentine de l’Environnement (1989-1997), Maria Julia Alsogaray avait promis pendant son mandat d’assainir le Riachuelo et d’y rendre possible la baignade.

L’actuel ministre argentin de l’Environnement, Juan José Mussi, a quant à lui affirmé en mars que la pollution serait éliminée en 2016 pour ce qui concerne les rejets industriels, les eaux usées et les déchets ménagers.

Pour Greenpeace, ces déclarations ne sont pas réalistes tant qu’une norme n’est pas imposée aux entreprises.

« Il n’y a pas d’évolution positive (depuis 2008) sur la qualité de l’eau et les niveaux de toxicité restent très élevés, regrette Greenpeace. Le gouvernement national, comme celui de la province de Buenos Aires et de la capitale doivent apporter les fonds nécessaires pour atteindre l’objectif (d’assainissement) ».

© AFP

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