Les copropriétés, le wagon de queue de la rénovation énergétique

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Dédale d'aides pas toujours bien calibrées, grand nombre d'acteurs à convaincre, travaux coûteux... Les copropriétés sont à la traîne de la rénovation énergétique, mais leur implication est indispensable si le gouvernement veut atteindre ses objectifs de lutte contre le réchauffement climatique. © AFP Jacques Demarthon

Dédale d’aides pas toujours bien calibrées, grand nombre d’acteurs à convaincre, travaux coûteux… Les copropriétés sont à la traîne de la rénovation énergétique, mais leur implication est indispensable si le gouvernement veut atteindre ses objectifs de lutte contre le réchauffement climatique.
© AFP Jacques Demarthon

Paris (AFP) – Dédale d’aides pas toujours bien calibrées, grand nombre d’acteurs à convaincre, travaux coûteux… Les copropriétés sont à la traîne de la rénovation énergétique, mais leur implication est indispensable si le gouvernement veut atteindre ses objectifs de lutte contre le réchauffement climatique.

« On ne pourra pas faire les 500.000 » rénovations par an, « sans une partie de travaux réalisés en copropriété », explique Jérôme Gatier, directeur du « Plan bâtiment durable » lancé par le gouvernement.

Avec un cap de 500.000 rénovations annuelles d’ici 2017, le président François Hollande a misé sur le très énergivore secteur du bâtiment — près du quart des émissions de gaz à effet de serre et plus de 40% de la consommation d’énergie — pour permettre à la France de respecter ses engagements sur le front de la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais le combat est difficile à mener dans les quelque 690.000 copropriétés du pays, soit plus de sept millions de propriétaires.

Selon M. Gatier, « la rénovation d’environ 50.000 logements par an à l’horizon 2016-2017 serait sans doute nécessaire ».

Or, elles ne seraient que « quelques dizaines, voire quelques centaines » à se lancer par an dans ces grands travaux, estime Julien Allix, conseiller énergie de l’Association des Responsables de copropriété (Arc).

« L’enjeu n’est pas de changer une chaudière ou poser un panneau solaire. On parle d’isoler des façades. Ca se développe, mais pas très, très rapidement, et on a vraiment pas mal d’écueils », ajoute-t-il.

En toute logique, des travaux d’envergure sont bien plus simples et rapides à lancer pour un couple en maison individuelle que pour des dizaines de copropriétaires, aux intérêts et revenus divers.

Mais des années après la loi Grenelle 2, qui a mis du temps à prendre corps sur le terrain en raison d’une foison de textes d’application, des outils sont enfin sur la table, ou sur le point de l’être pour lancer le mouvement.

Les règles de vote ont été modifiées pour éviter trop de blocages lors des assemblées générales, un audit énergétique devant déboucher sur des travaux ou des mesures d’économies d’énergie est désormais obligatoire d’ici le 1er janvier 2017 pour les copropriétés de 50 lots ou plus, et un « Fonds travaux » obligatoire pour ces logements est prévu dans la dernière loi sur le logement (Alur).

Par ailleurs, un éco-prêt collectif à taux zéro devrait enfin voir le jour bientôt, sa version individuelle n’étant pas calibrée pour les copropriétés.

« Il n’est quasiment pas mis en oeuvre parce que c’est énormément de paperasses et que les banques sont réticentes à les proposer », notamment par manque de compétence sur ces sujets techniques, avance M. Allix.

Les subventions, « un capharnaüm »

« Les outils législatifs et réglementaires sont là », selon M. Gatier. Mais tout n’est pas pour autant réglé.

« Il y a tout un sujet de communication, d’information, de formation » des copropriétaires mais aussi des syndics, des administrateurs de bien, et des conseils syndicaux, dit-il

« Il faut être capable de trouver les argumentaires pour convaincre les gens de se lancer dans cette aventure et ensuite les accompagner », poursuit-il. « La copropriété est un secteur sur lequel il faut investir beaucoup d’énergie ».

Les travaux coûtent cher –en moyenne entre 10.000 et 20.000 euros par logement–, et « dire qu’avec les réductions de frais sur les consommations d’énergie, on va pouvoir rembourser ou amortir le montant des travaux est une hérésie! », déclare le président de l’association Planète Copropriété, Jean-Pierre Taïeb.

Mieux vaut mettre en avant l’amélioration du confort, la maîtrise des charges avec un prix de l’énergie amené à augmenter, et la valorisation du logement à la revente. Un dernier argument qui peut notamment faire mouche auprès des copropriétaires qui mettent leurs logements en location, soit 44% des habitations en copropriété.

Or, « les obstacles financiers sont le point dur », constate M. Taïeb. L’Agence nationale de l’habitat (Anah) estime que 15% des copropriétés sont potentiellement fragiles ou en difficulté.

« La question des subventions financières et fiscales reste un capharnaüm », estime-t-il. « Il y a trop d’aides disparates et mal calibrées. Il faut rationnaliser ».

Et en attendant, nombre d’acteurs insistent sur la nécessité d’accompagner les copropriétés dans ce dédale également financier. Une tâche dont s’acquittent notamment les collectivités locales grâce à leurs conseillers énergie ou par le biais de sites internet comme le nouveau « CoachCopro » lancé à Paris.

« Passoire énergétique »

« Il faut expliquer, passer du temps avec eux », insiste M. Taïeb, d’autant que l’initiative des travaux est souvent le fait d’un habitant de la copropriété qui, sans connaissances particulières, se lance seul dans l’aventure, « va sur internet, et trouve des informations un peu éparses, parfois contradictoires ».

Un parcours proche de celui de Tania Waeselynck, présidente du Conseil syndical de « Supermontparnasse », une tour de 30 étages du 15ème arrondissement de Paris construite en 1965.

Accompagnée depuis 2009 par un conseiller de l’Agence parisienne du climat, elle a mis « deux, trois ans » à sensibiliser les 260 copropriétaires à la nécessité de la rénovation de « cette passoire énergétique ».

Ils l’ont écoutée avec attention car, en raison de l’état de l’immeuble, des travaux de ravalement étaient quoi qu’il arrive nécessaires.

« On n’aurait pas pu proposer une isolation si on n’avait pas une dégradation des façades parce que ça revient quand même à des sommes très lourdes », explique-t-elle.

Le coût total est estimé à 4.800.000 euros (3.600.000 pour l’isolation extérieure et 1.200.000 pour les fenêtres). Les économies attendues sont de 227.000 euros par an et les logements passeront alors de l’étiquette E, soit 329 kwh/m2 à C, 144 kwh/m2.

Le devis sera présenté pour vote au printemps 2014, et dépend encore en large partie des aides dont bénéficiera la copropriété. « Ca va jouer énormément », assure la présidente du Conseil.

Si le vote est positif, les travaux commenceront au plus tard à l’été 2015. Un processus qui aura duré près de six ans.

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