Sandy: un an après, les Rockaways peinent encore à se relever

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Sandy

Un homme marche, le 24 octobre 2013, le long d’un terrain vacant des Rockaways, un quartier du Queens particulièrement marqué par le passage de l’ouragan Sandy à New York
© AFP Stan Honda

ew York (AFP) – Contreplaqué sur des supermarchés fermés, maisons à peine réparées et soupes populaires, un an après Sandy, les Rockaways, langue de terre déshéritée à l’extrême sud-est de New York, peinent toujours à se relever de l’ouragan.

L’an dernier, un énorme élan de solidarité avait déferlé sur cette péninsule isolée, au sud de l’aéroport Kennedy, où 20% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, à des années lumière de Manhattan.

Acteurs, sportifs, célébrités, bobos new-yorkais, bénévoles de tout le pays étaient venus aider aux distributions de vêtements et de vivres, et aux opérations de nettoyage. Sandy, qui avait frappé la côte est des Etats-Unis le 29 octobre, avait inondé ou éventré des milliers de maisons aux Rockaways, d’autres avaient brûlé, les « planches » du bord de mer avaient été pulvérisées, des milliers de personnes s’étaient retrouvées sans électricité et chauffage, dont beaucoup de personnes âgées, au début de l’hiver.

« Nous avons distribué au total quelque 80.000 repas, des tonnes d’eau », des  milliers de couvertures et autres produits de première nécessité, se souvient fièrement le révérend Les Mullings, pasteur de l’église du Nazaréen à Far Rockaway, qui était devenu le centre d’une énorme opération d’entraide.

Depuis, son église a retrouvé un peu de calme.

Et la ville a construit un immense mur de béton d’environ 1m60 de haut, doublé d’énormes sacs de sable, pour protéger les maisons donnant sur l’Océan, notamment dans le quartier plus cossu de Belle Harbor. Des tonnes de sable ont été ajoutées pour faire une dune. De nombreuses maisons éventrées par l’ouragan ont été rasées, d’autres sont en cours de réparation.

Mais les planches du bord de mer, promenade favorite des personnes âgées, ne sont toujours pas réparées. Et à proximité des HLM de la rue Beach 105, le « Key food », grand supermarché vieillot est fermé, ses locaux à louer.

Dans un périmètre de 35 rues, entre Beach 115 et Beach 69, un secteur hérissé de HLM, il n’y a plus de supermarché, explique Noah Barth, coordinateur de Médecins du monde, qui vient d’ouvrir un dispensaire gratuit tout neuf à proximité, pour les adultes sans assurance médicale.

Réouverture de l’usine de chocolats

« Les gens doivent prendre le bus s’ils veulent des produits frais. Ici l’alimentation est un énorme problème, avec un impact sur la santé », ajoute-t-il, évoquant diabète et hypertension.

Devant le « Key Food » fermé, Margaret Lacy Cunningham, qui se déplace en fauteuil roulant, explique que sa vie quotidienne est devenue beaucoup plus compliquée depuis Sandy.

« Nous avons besoin d’une épicerie. Qu’on nous donne un Burger King ou un McDonalds. Nous avons besoin d’un restaurant où les gens puissent s’asseoir et parler », dit-elle.

Ces perturbations au quotidien ont un coût en termes de santé, souligne aussi Noah Barth. Sandy a généré des problèmes de « stress post-traumatique, d’anxiété, de dépression ».

Dans un environnement socio-économique difficile, avant Sandy, les gens « se battaient pour s’en sortir. Aujourd’hui ils ne s’en sortent plus », commente aussi le pasteur Mullings. « Tous les maux sociaux que nous avions depuis des années, Sandy les a exacerbés ».

Et selon lui, l’argent distribué par les autorités fédérales n’a pas forcément aidé.

Des familles qui vivaient avec 800 dollars par mois (580 euros), se sont retrouvées « qualifiées » pour recevoir 30.000, 40.000, 50.000 dollars, dit-il. « Sans supervision adéquate », certaines ont acheté des voitures neuves, des vêtements, des bijoux en or… « Maintenant l’argent est parti » et certains reviennent faire la queue devant l’église. « Ils auraient eu besoin d’aide pour gérer cet argent », ajoute-t-il.

Deux fois par semaine, le vendredi et le samedi, son église continue à distribuer de la nourriture à  quelque 500 personnes.

Mais la population des Rockaways – 123.000 personnes – est solide et déterminée. Dans le quartier de Breezy Point, où plus d’une centaine de petites maisons avaient brûlé l’an dernier, des dizaines d’autres à ossature de bois sont en cours de construction à même le sable.

Et cette semaine, les Rockaways ont célébré la réouverture de leur usine de chocolats « Madelaine », qui était avant Sandy le plus gros employeur de la péninsule.

L’usine, qui employait plus de 400 personnes, avait été complètement inondée, plus de 8 millions de dollars de stocks avaient été engloutis en quelques minutes, des tonnes de chocolat inutilisable étaient allés nourrir les cochons.

Les machines, progressivement, ont pu être réparées, et plus de 120 personnes ont été réembauchées, juste à temps pour les fêtes de Noël.

« Il en fallait beaucoup pour nous faire partir, et Sandy n’a pas réussi à le faire », sourit son PDG Jorge Farber qui espèrent bien pouvoir continuer à réembaucher. « Des tempêtes de ce genre, il y en a une tous les 50 ans. Nous pouvons peut-être nous détendre pour les 50 prochaines années! »

© AFP

 

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