« Recommencer de zéro »: la conversion au bio d’un agriculteur allemand

Publié le : Last updated:

Armin Meitzler dans un de ses champs de soja à Freimersheim, le 26 septembre 2013 © AFP/Archives Daniel Roland

Armin Meitzler dans un de ses champs de soja à Freimersheim, le 26 septembre 2013
© AFP/Archives Daniel Roland

Spiesheim (Allemagne) (AFP) – Armin Meitzler regarde ses vignes et se prend à rêver qu’un jour tous ses confrères agriculteurs passent au bio, comme lui, dans une Allemagne où l’offre est loin de satisfaire une demande croissante.

« Quand tous seront bio, on aura recréé ici un véritable écosystème », s’emballe-t-il.

Mais pour le moment il est le seul dans son village de Spiesheim, dans le sud-ouest de l’Allemagne, à avoir franchi le pas.

Sa parcelle de vigne se démarque des autres: c’est la seule où les herbes folles poussent librement entre les rangées. « Il n’y a que dans des herbes hautes que peuvent s’établir des insectes prédateurs », qui vont tenir les parasites éloignés des pieds de vigne mieux que tout insecticide, explique-t-il. « Et en plus ça fleurit! ».

M. Meitzler, 46 ans, et sa femme Monika ont décidé en 2011 de convertir l’exploitation familiale au bio. L’idée leur trottait dans la tête depuis longtemps, et Fukushima est venu leur rappeler avec force que « les choses ne pouvaient pas continuer comme cela ».

Le processus est long: leur première récolte 100% bio sera pour 2015, tout ce qu’ils produisent entre temps -outre la vigne, ils font pousser essentiellement céréales et soja- ne peut servir que de fourrage. Pendant les trois ans de la conversion, c’est toute la rotation des cultures qui est remise à plat, afin de régénérer entièrement le sol.

« Nous recommençons de zéro », explique M. Meitzler, qui bouillonne de projets. Cette année il veut planter aussi du seigle, de l’orge d’hiver, du lin.

Ce nouveau départ ne fait pas l’unanimité: son père, dont il a hérité l’exploitation, était résolument contre. Voisins et confrères « observent très attentivement ce que nous faisons ».

« Je me vois comme un pionnier », dit-il, espérant faire des émules.

Mais les perspectives de revenus plus élevés du bio ne suffisent pas à motiver, dans une région fertile où l’agriculture rapporte plutôt bien. Nombre d’agriculteurs ont aussi découvert l’énergie comme débouché, en installant des éoliennes sur leurs surfaces, ou en se lançant dans le biogaz subventionné.

Au début de la dernière décennie, le gouvernement allemand d’alors -auquel participaient les Verts- avait formulé un objectif de 20% des surfaces cultivables consacrées au bio d’ici 2020, et mis en place des mécanismes de soutien.

En 2012, cette part était tout juste de 6,3%. Une croissance trop lente pour satisfaire une demande soutenue de produits bio, et idéalement régionaux.

La faute en incombe principalement aux politiques, déplore la fédération BÖLW de l’alimentation bio. Depuis 2005 les pouvoirs publics ont détricoté le soutien à la conversion, au niveau fédéral et régional.

M. Meitzler perçoit des primes à l’hectare pendant tout le temps que dure sa conversion. Mais dans certains Länder, à l’Est notamment, les paiements ont été gelés ou bien le régime est trop incertain pour que les agriculteurs tentent l’aventure.

Résultat, « le fossé se creuse entre la demande et l’offre en provenance d’Allemagne », déplore la BÖLW. Le trou est comblé par des importations, avec un coût élevé pour l’environnement qui va radicalement à l’encontre de la philosophie bio. En 2012 plus de la moitié des concombres bio vendus en Allemagne étaient importés, souvent de Bulgarie, et 40% des carottes.

Des incitations financières seules ne suffiront toutefois pas à susciter les vocations, croient les Meitzler.

« Si on le fait juste pour l’argent cela ne marche pas, il faut y croire », dit Monika Meitzler. Et ce d’autant plus que la charge de travail est autrement plus élevée pour l’exploitant bio, qui doit accomplir manuellement un certain nombre de tâches auparavant confiées à machines ou engrais.

« C’est notre plus gros problème, reconnaît son mari, qui exploite ses 140 hectares avec l’aide d’un seul salarié. « Je ne vais pas pouvoir continuer comme cela, il va falloir recruter quelqu’un ».

© AFP

Media Query: