Bosnie: levée des boucliers contre un projet hydroélectrique menaçant l’environnement

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Vue prise le 13 septembre 2013 du barrage sur la rivère Trebisnjica dans le parc naturel de Hutovo Blato
© AFP Elvis Barukcic

Hutovo Blato (Bosnie-Herzégovine) (AFP) – A la sortie d’un étroit canal traversant une végétation abondante s’ouvre un immense lac bleu cerné par les montagnes. C’est la réserve naturelle de Hutovo Blato, dans le sud de la Bosnie, un des principaux abris d’oiseaux migrateurs des Balkans.

Mais cette précieuse réserve naturelle de 7.400 ha est menacée de disparition en raison d’un projet hydroélectrique, selon des associations qui militent pour la protection de l’environnement.

« Ce projet met en danger les vestiges des marécages méditerranéens dans le delta de la Neretva et nous menons combat pour les préserver », dit à l’AFP Zoran Mateljak, un responsable en Bosnie du World Wildlife Fund (WWF).

Hutovo Blato est un parc ornithologique riche de quelque 160 espèces et un abri en hiver pour nombre d’oiseaux migrateurs vivant plus au nord en Europe.

Les ONG dénoncent un projet de construction de trois centrales hydroélectriques en Bosnie et d’une quatrième en Croatie.

Les investissements sont estimés à près de 800 millions d’euros. Il s’agit de la phase finale de construction d’un système hydroélectrique entamée dans les années 1970, à l’époque du régime communiste de Tito, sur le cours de la rivière Trebisnjica, et interrompue par les conflits des années 1990.

Quatre centrales existent déjà, trois en Bosnie et une en Croatie, avec une production annuelle totale de près de 2.800 GWh. Une fois achevée la construction des quatre nouvelles centrales, le système produira 3.900 GWh d’électricité par an.

Cette région karstique est très riche en eau, avec des précipitations annuelles moyennes de 1.800 l/m2. La Bosnie, dont les potentiels hydroélectriques sont utilisés à 30% seulement, est un des rares exportateurs d’électricité en Europe du sud-est.

Mais les défenseurs de la faune ne l’entendent pas de cette oreille. « Si ce projet est réalisé, le marécage sera transformé en tourbière et deviendra une zone sans valeur. Les oiseaux et autres animaux vont migrer et on pourra y semer du maïs », déplore un ornithologue local, Marinko Dalmatin.

Pour nourrir les nouvelles centrales en eau il faudra détourner des cours se dirigeant vers les marais de Hutovo Blato et vers le delta de la Neretva, source d’irrigation agricole en Bosnie et en Croatie, déjà sérieusement affectée.

« On ne nous consulte jamais. Les lobbys énergétiques sont plus forts », peste le directeur du parc, Nikola Zovko.

La première des quatre nouvelles centrales, qui produira 250 GWh, devrait intégrer le système en 2017, dit son directeur Radivoje Bratic.

Cet ingénieur admet que des cours d’eau seront détournées, mais rejette les accusations des ONG.

« On ne peut pas construire une centrale sans conséquences sur l’environnement, mais notre objectif est de réduire autant que possible les effets négatifs », explique M. Bratic.

A quelques kilomètres au sud de Hutovo Blato, des agriculteurs de la région de Metkovic, en Croatie, une zone qui souffre déjà d’une salinisation importante de la terre, crient à la « catastrophe ».

Ils redoutent un tarissement des eaux souterraines qu’ils utilisent pour l’irrigation et une plus importante pénétration des eaux salées de la mer Adriatique.

Selon Nebojsa Jerkovic, un responsable local chargé du développement rural, les vergers de mandariniers apportent à cette région 30 millions d’euros par an, soit à peu près le même montant qui sera généré par la vente d’électricité fabriquée par les nouvelles centrales.

« Selon leur logique (les partisans des centrales), lorsque l’eau passe par chez eux, ils en sont les seuls maîtres. Pour eux, l’eau n’est pas une richesse commune dont tout le monde devrait bénéficier », s’emporte M. Jerkovic.

« Si on détourne de nouvelles quantités d’eau, la salinisation avancera davantage et cette zone sera transformée d’ici une vingtaine d’années en désert », met en garde Zeljko Maric, président de l’ONG locale Eko-Most.

Mate Kaleb, un agronome de Metkovic, producteur d’agrumes, précise que l’eau utilisée pour l’irrigation puisée dans le delta contient déjà 2.000 mg de sel par litre.

« L’eau normale en contient 350 mg/l, celle de la mer de 3.000 à 4.000 mg/l. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes », dit-il.

© AFP

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